Index
FID +

O dia do desespero

Manoel de Oliveira

Manoel de Oliveira a souvent parlé de l’importance capitale de son film de 1975, Benilde Ou A Virgem Mãe : celui, dit-il, où il aurait appris «à fixer». Et O Dia do Desespero, que fixe-t il ? Les réponses sont multiples. D’abord, un dialogue, c’est certain, avec Amor de Perdição tourné quatorze ans auparavant. Des morceaux en sont ici cités. Un dialogue, ensuite, avec son auteur, Camilo Castelo Branco, dont O Dia do Desespero, tourné dans la maison de Camilo, retrace les derniers jours, lorsque, presque aveugle, il est poussé au suicide par l’idée de ne plus être capable d’écrire. Mais il y a d’autres éléments, aussi importants, que O Dia Do Desespero fixe aussi : le portrait de l’écrivain et de son désespoir, au milieu du générique, dans le moment où il s’effondrait, avant ce long plan de la roue de charriot qui porte une terrible nouvelle ; celui d’une vérité historique, très documentée, restituée par la fiction ; enfin, et à nouveau, le portrait des acteurs qui vont jouer Camilo et sa femme Ana Plácido, Simão et Teresa, les personnages de Amor de Perdição, bien qu’eux-mêmes. « Je suis Mario Barroso… », « Je suis Teresa Madruga… ». Film de toute une âme portugaise qui a obsédée Oliveira et que Camilo garde en lui dans sa perdition. Film d’images doubles, triples, dans l’espace et le temps. Film d’une histoire prise par ses fantômes et par les fantômes du cinéma, comme tant d’années plus tard on allait voir aussi dans un film tourné dix ans avant, le posthume Visita ou Memórias e Confissões. Considérant tous ces enjeux, il n’y a pas de film plus énigmatique chez Oliveira que O Dia do Desespero.
(FF)

Fiche technique

ÉCRAN PARALLÈLE  / MANOEL DE OLIVEIRA FRÔLER L’ÉTERNITÉ

Portugal, 1992, Couleur, 35mm, Dolby, 75’

Version originale : Portugais
Scénario : Manoel de Oliveira
Image : Mário Barroso
Montage : Manoel de Oliveira, Valérie Loiseleux
Musique : Richard Wagner, Franck Martin
Son : Gita Cerveira
Avec : Teresa Madruga, Mário Barroso, Luís Miguel Cintra, Diogo Dório

Production : Paulo Branco