Acto da Primavera

Manoel de Oliveira

Ça se passe à la fin des années 50. Pendant un voyage à Trás-os-Montes, région du nord est du Portugal, Manoel de Oliveira voit trois croix en bois au bord de la route. Il demande ce que c’est, quelqu’un lui explique : ici ce joue une représentation populaire de la Passion du Christ. Oliveira décide de voir le spectacle et y retourne en 1961 et 1962, pour le filmer. Ça fait vingt ans qu’il n’a plus tourné de long-métrage, après Aniki Bóbó, Acto da Primavera est son second long. Le spectacle, c’est une « Passion » jouée par les paysans du village de Curalha, qui devient un «acte de printemps» dans le film d’Oliveira – où il fait pratiquement tout, presque tout seul. Il raconte : « J’ai voulu montrer la représentation d’un événement vieux de 2000 ans, réécrit au XVIe siècle et rejoué au XXIe avec des magnétophones, des caméras (…). Donc, j’ai décidé de filmer les machines qui fi lmaient, le magnétophone qui enregistrait. On a le temps du Christ, celui du XVIIe et celui du XXIe en même temps, tous vus simultanément. Seul le cinéma est capable de cet artifice ». Or, cet artifice, si humble, et à la lumière de la plus audacieuse modernité, n’a pas arrêté de nous surprendre jusqu’à aujourd’hui. C’est à partir de ce fi lm-charnière que toutes les réflexions humaines et esthétiques du cinéma d’Oliveira seront lancées. Le documentaire et la fiction seront juxtaposés et poussés à l’extrême. Tout est effet et trompe l’oeil. Pendant que le théâtre et la parole traversent le temps et la chair des corps, il fait appel à l’érotisme et au sacré contre le chaos atomique des hommes. En même temps que ce film religieux se fabriquait, une Guerre Coloniale parlée en portugais commençait en Afrique. « Ai dolor », dit la Vierge Marie, au pied de la croix de son fils. Le cinéma allait encore prendre son temps pour qu’on comprenne la richesse de la fusion de ses pôles opposés, si célébrés et bousculés par le FID. Oliveira, qui a toujours été en avance sur son temps, était déjà là, bien sûr: bougie à la main. (FF)

Fiche technique

ÉCRAN PARALLÈLE  / MANOEL DE OLIVEIRA FRÔLER L’ÉTERNITÉ

Portugal, 1963, Couleur, 35mm, Mono, 94’

Version originale : Portugais
Scénario : Manoel de Oliveira d’après un texte du XVIe siècle de Francisco Vaz de Guimarães
Image, Montage, Son : Manoel de Oliveira
Avec : Nicolau da Silva, Ermelinda Pires, Maria Madalena, Amélia Chaves, Luís de Sousa, Francisco Luís
Production : Manoel de Oliveira