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HARUHARASAN NO UTA
HARUHARA SAN’S RECORDER

Kyoshi Sugita

Une jeune femme prend possession d’un appartement et salue sur son seuil le précédent locataire qui choisit de partir sans laisser d’adresse. Cette jeune femme entre ainsi dans le film pour l’habiter en continu, puisque c’est elle que l’on ne va cesser de suivre, présente dans chaque séquence,
et magnifiquement interprétée par Chika Araki, stupéfiante de subtilité, de mobilité et de précision. Et pourtant, de son personnage, on ne saura que très peu : Kyoshi Sugita est manifestement davantage intéressé par la poésie que par le roman. Inspiré en effet par un tanka d’un célèbre poète japonais, Higashi Naoko, voilà, comme si rarement, un film qui délaisse la paresse et la fatigue des intrigues pour progresser par épiphanies successives. À quoi tient cette faculté de construire, par jet continu, des scènes qui sont à chaque fois de discrètes déflagrations ? Nulle recette ici, c’est l’organisation de surprises à chaque fois différentes qui autorise l’alternance de temps délibérément
hétérogènes : goûters, déjeuners, moments de rêveries, sommeil, errances dans la ville (plusieurs personnages cherchent en effet leur chemin…), brusquerie d’une séquence de peinture à même le sol à l’énergie saisissante jusqu’à un morceau de vaudeville avec personnage caché dans l’armoire. Mais le cadre sans doute y joue son rôle, où il est fréquent qu’un personnage en masque un autre, comme si une des règles ici était la possibilité d’une superposition, sans oublier l’importance marquée des fenêtres, des portes et des seuils. Le son également, mis en scène dans l’image et présent dès le titre, est l’attention d’un soin tout particulier, façon de dédoubler l’image, de la faire trembler et traverser par d’autres êtres.
Pur poème cinématographique, mais dont la poésie sèche et dénuée de toute facilité se loge sans cesse à des endroits différents du film, voilà un grand moment d’émotion, voilà le cinéma, tout entier, renouvelé.
(Jean-Pierre Rehm)

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Fiche technique

Japon / 2021 / 120'

Version originale : japonais.
Sous-titres : anglais.
Scénario : Kyoshi Sugita.
Image : Yukiko Iioka.
Montage : Keiko Okawa.
Musique : Skank.
Son : Yongchang Hwang.
Avec : Chika Araki, Minako Niibe, Takenori Kaneko, Saho Ito.
Production : Jun Higeno (Iha Films).
Filmographie : Listen to Light, 2017. A Song I Remember, 2011