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Un Musée dort

Camille de Chenay

L’apparition en France d’une cinéaste de fiction, au sens plein du terme, n’est plus, depuis longtemps, chose courante. À quoi la reconnaît-on ? À un appétit contagieux pour la fabrication de plans, pour le façonnage de lumières, de couleurs, à une jouissance des enchaînements, sauts et glissements d’un plan à l’autre. À l’évidence que le cinéma est de la peinture multipliée par la musique – jeu des timbres, modulation des vitesses et des tons, précision des rythmes. Musique : gros plan d’une main posée sur un clavier, une note, une ébauche de phrase, puis l’autre main posée sur les cordes pour assourdir la percussion. Dès l’orée d’Un musée dort, Camille de Chenay entrouvre le capot de son bolide : le piano, omniprésent, ne se contentera pas d’accompagner le récit des aventures d’Ornicar. Il le précipitera dans une cascade d’inventions formelles, il entraînera, guidera le jeune homme dans sa quête somnambulique de Chloé, la femme qu’il aime et qu’il a pourtant quittée un an plus tôt, sans autre explication qu’un soudain besoin de disparaître. Peinture : la reproduction sur carte postale de Jupiter et Sémélé, le testament pictural de Gustave Moreau, lui ouvrira le chemin d’un retour dans le musée de sa mémoire et vers le présent de Chloé, qui saura le réveiller. Inutile de chercher de savants échos entre le motif mythologique du tableau et le récit du film. La relation est ici plus profonde : dans un esprit symboliste ou surréaliste, l’image picturale agit comme un talisman, comme une porte magique vers l’autre pays, celui des dérives lucides et des rêves éveillés. Quand trop de jeunes cinéastes exploitent le filon nostalgique d’une Nouvelle Vague de pacotille, Camille de Chenay renoue librement, sans révérence ni références, avec une autre modernité française, plus riche et plus rare : une tradition qui, de Feuillade à Cocteau en passant par Franju, retient du surréalisme la vivacité du feuilleton, l’esprit d’enfance des jeux dans le labyrinthe et les fulgurances poétiques d’un merveilleux urbain. Ornicar est un avatar du Poète moderne, clivé entre la grandeur de ses élans visionnaires et les petites myopies de son originalité égocentrique. Un musée dort, et c’est la fiction française qui se réveille de ses torpeurs cinéphiliques et de ses paresses naturalistes. (C.N.)
Camille de Chenay

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18:3023 juillet 2020Théâtre du Gymnase
20:3024 juillet 2020Théâtre du Gymnase
16:0025 juillet 2020Variétés 2

Fiche technique

France / 2020 / Couleur / HD, Stereo / 71’

Version originale : français.
Sous-titres : anglais.
Scénario : Camille de Chenay.
Image : Bonan Maxime.
Montage : Lison Talagrand.
Musique : Breval Julien.
Son : Burgess Matthieu.
Avec : Guénaire Gary, Tereskiewizc Nadia.
Production : Al mar films (Camille de Chenay).
Distribution : Camille de Chenay.

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE