ENTRETIEN – UN MUSÉE DORT

« Mais où est donc Ornicar ? » C’est le point de départ de votre premier long métrage, Un musée dort ?

C’est une question de rencontre. Quand un outil mnémotechnique mal digéré de l’école primaire, Ornicar, rencontre une maison de village en Provence où dans la cuisine sombre trône depuis des années une vieille photo, au noir et blanc défraîchi, représentant un jeune couple, heureux de l’amour universitaire, devant une cabane en bois perdue dans la forêt ; ça fait alors une étincelle et ça donne un film.

Des séquences jouent sur des dialogues écrits mais le film est aussi porté par une invention burlesque qui s’articule autour du corps, et flirte avec le fantastique. Comment avez-vous élaboré ce scénario où les genres se côtoient ?

C’est une question de rencontre : il fallait en créer.

Des notes de piano amorcent Un musée dort, la musique y tient une place essentielle, donne le tempo et figure même à l’image. Pourquoi ce choix ?

C’est une question de rencontres arrangées. Julien, qui compose, aime le son des bouts de charbon qui se cognent ; Théo, qui montageson, celui du vélo déréglé la nuit, Mathieu, qui mixéremixe, du premier croc dans une pâtisserie beurrée ; et moi, qui me balade là-dedans, le bruit de la fleur d’onagre qui s’ouvre au fond du jardin (je ne l’ai jamais entendu mais on me l’a raconté.). Une fois tous ces plaisirs étalés, la musique prend place, une place, de la place, beaucoup de place et on lui laisse.

Le montage est également musical, en particulier dans certaines séquences composées de plans brefs. Comment l’avez-vous abordé avec votre monteuse, Lison Talagrand ?

C’est une question de rencontre qui se fait plus dans le geste que dans les mots. Puis à un moment, silence, puis le poing sur la table, une chaise bousculée, on retient son souffle, suspens à s’en tordre les boyaux et enfin, un coup de ciseaux.

Comment avez-vous conçu la séquence centrale du bar ?

C’est encore une rencontre. On m’a filé, avec un œil grave, un bouquin, Bergson, Matière et mémoire. J’ai compris ce que je voulais en comprendre et ça a fini au bar.

Un tableau du musée Gustave Moreau évoque le visage de l’actrice Nadia Tereskiewizc, ou inversement. Comment avez-vous imaginé le rapport à la peinture dans le film ?

C’est toujours la rencontre ! La rencontre parce qu’inattendue, impromptue, en avance sur nos prévisions. Si par exemple on plie un arrondissement, le genou de boucher de la rue du bout se retrouve dans l’œil du panneau de circulation, le stylo qui allait écrire un prochain pavé se retrouve dans le derrière d’une statue pourtant postée à des centaines de mètres, ton verre d’eau peut se retrouver dans le film du voisin. Ici, c’est pareil, ça se rencontre comme ça, par pli, qu’on attendait ou pas. Et, elle, elle s’est retrouvée dans la peinture, ou la peinture s’est retrouvée en elle. Heureusement, ça ne l’a pas trop barbouillée. Alors on a pu la filmer.

Le sens du cadre et de la composition des plans sont aussi évidents, l’utilisation de filtres de couleurs est singulière. Comment avez-vous travaillé l’image ?

Avec Max. Parce qu’un jour, j’ai rencontré Max et qu’on a bidouillé ensemble. Et dans ces cas-là, on rend les enfants jaloux. Alors, on ne se montre pas trop.

Comment avez-vous choisi vos deux interprètes principaux ou certains invités comme Emmanuel Salinger ?

Une simple rencontre détournée par la question : ça te dit de ? ça vous dit de ?

Le rapport au temps est très particulier dans le film, dans sa structure même, avec les flash-backs, ou à travers des images récurrentes. Comment y avez-vous réfléchi ?

Je cherche le temps parce que je l’ai toujours pas rencontré et ça m’embête. Je crois d’ailleurs que c’est un peu la pathologie d’un fabricant de films. Un farfouineur perdu dans le passé, obsédé par l’avenir, oubliant du présent mais à l’œuvre de cet oubli.

Al mar films est votre propre société de production. Dans quelle économie a été produit Un musée dort ?

Je mentirais si je disais que c’est une question de rencontre puisque c’est un nom de société fictif ou fictionné. C’est le nom de la rue. Nous, nous ne produisons rien, c’est un gros mot maintenant. Alors, on se démerde, démerdeurs professionnels que nous sommes, et ça nous va très bien. Nous avons fait ce film comme on a pu avec les moyens du bord, trois francs six sous, cinq kopeks, l’argent de la vieille, le fond des poches, cent patates des inconnus, le temps qu’il faut et le rien comme terrain.

 

 

Propos recueillis par Olivier Pierre