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SO LONG MICHAEL

Elisabeth Perceval

Nicolas Klotz

Elisabeth Perceval Nicolas Klotz
« Adieu Michael » : en toute simplicité, un hommage à Michael Lonsdale, décédé en septembre 2020. Filmés quelques mois avant sa mort, les plans cadrent l’immense acteur de très près, d’abord ses mains, puis son visage tandis qu’il lit des textes d’Antonin Artaud et de Plutarque. Le format de l’image change : de numérique, elle passe à la pellicule, puis au négatif, et enfin à une sorte de neige qui laisse à peine percevoir la silhouette de l’acteur. Manière de focaliser le spectateur sur la voix, mais aussi manière de creuser un visage, de le travailler plastiquement, d’en explorer tous les potentialités expressives. (Nathan Letoré)

Entretien avec Élisabeth Perceval et Nicolas Klotz

Votre œuvre rassemble toutes les formes, les genres et les formats. So Long Michael est un film court avec Michael Lonsdale, que vous aviez fait jouer dans La Question humaine en 2007. Qu’incarne cet acteur au cinéma pour vous, et pourquoi cette nouvelle rencontre ?

La constellation extraordinaire des films et des cinéastes avec qui Michael a travaillé hante nécessairement notre travail. Et elle pose de magnifiques défis aux cinéastes de notre génération ; celui de la transmission, des fantômes, et de la nécessaire transgression de tout ce qui ressemblerait de près ou de loin au cinéma de « patrimoine ». Michael est le frère médiumnique de Jean-Pierre Léaud, de Juliet Berto, de Delphine Seyrig, de Jacques Rivette, de Jean Eustache, de Luis Buñuel, de Marguerite Duras et de tant d’autres. Sa modestie n’a d’égale que la grandeur de cette présence absolument amicale et mystérieuse. L’idée de tourner à nouveau avec Michael nous est venue très naturellement après l’avoir revu, l’été 2019, dans Out 1 de Jacques Rivette.

Quel était votre projet initialement ?

Au départ, on pensait tourner une coda pour Nous disons révolution. Une lettre d’amour adressée à une amante avec qui il entretenait une relation depuis trente ans. Cette femme, une actrice, serait incarnée par Frédérique Duchêne avec qui nous avions travaillé dans Saxifrages, quatre nuits blanches. Michael est mort pendant le montage de Nous disons révolution et le matériel filmé est devenu un film à part entière avec Michael. Son dernier film.

Comment avez-vous travaillé avec lui ?

Au moment du tournage, en décembre 2019, Michael dormait beaucoup la journée. Il ne se réveillait qu’à la tombée de la nuit. C’était pendant les grandes grèves contre la loi de réforme des retraites. Pas de transports en commun, beaucoup de gens dans les rues. Il y avait une incroyable électricité dans l’air, ça l’excitait beaucoup. Nous sommes allés le voir plusieurs fois avec des huîtres, du vin, des gâteaux. Et si son corps le soutenait à peine, son esprit et son espièglerie éclairaient la cuisine d’une joie très particulière. Aussitôt que la caméra commençait à tourner, le bonheur d’une vitalité qui le liait éternellement à l’enfance habitait si naturellement son corps, sa voix, son regard. Avec une légèreté qui allait si bien avec la langue charnelle d’Artaud et la vision cosmique de Plutarque. Il comparait souvent son travail à celui d’un peintre ou d’un musicien et disait qu’il ne préparait jamais rien, mais se laissait juste traverser par les vibrations qu’il ressentait dans l’instant.

Pourquoi avoir utilisé différentes techniques à la caméra ?

On a fait une seule prise en vidéo, puis une bobine en Super 8. Il nous parlait beaucoup de son désir de retrouver la pellicule. On laissait tourner l’enregistreur son. Je ne savais pas vraiment si la caméra marchait encore. Je ne l’avais pas utilisée depuis quinze ans. « Mais ça ne fait rien ! » disait-il. « Même si ça n’imprime pas, on sera là quand même. »

Comment interpréter les variations du Super 8 ? Avez-vous pensé So Long Michael comme un hommage à l’acteur ?
La pellicule Super 8, positive ou négative, son amorce, les poussières prises dans l’argentique, le son de la caméra, sont le support sensible du cinéma et de l’au-delà. Le réel et l’au-delà d’où Michael s’adresse aujourd’hui à nous. La couleur-pellicule est au carrefour de sa présence et de sa disparition. Et pendant ces quelques dix minutes, entre le texte de Plutarque et sa présence au bord de la disparition, près de deux millénaires défilent devant nos yeux. Ce qui apparaît ou n’apparaît pas, mais qui est là.

Propos recueillis par Olivier Pierre

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Fiche technique

France / 2021 / Couleur et Noir & blanc / 8 mm / 11’

Version originale : français
Scénario, montage : Elisabeth Perceval, Nicolas Klotz
Image : Nicolas Klotz.Son : Thomas Guillot, Mikaël Barre
Avec : Michael Lonsdale
Production : Nicolas Klotz & Elisabeth Perceval (Mata Atlantica).
Filmographie : Chant pour la ville enfouie, 2022
Nous disons Révolution, 2021
Saxifrages, 2020
L’Héroïque Lande, 2017
Mata Atlantica, 2016
Low Life, 2012.
La question humaine, 2007
La Blessure, 2003
Paria, 2000.

ENTRETIEN AVEC LES RÉALISATEURS