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PERDUTO PARADISO IN DUE RULLI

LOST PARADISE IN TWO REELS

Luca Ferri,

Morgan Menegazzo,

Mariachiara Pernisa

Les trois cinéastes Ferri, Menegazzi, Pernisa rendent visite à Franco Piavoli dans son jardin pour qu’il leur raconte, à l’âge de 90 ans, son prochain projet : dans le récit qui surgit, Piavoli, réalisateur iconique du cinéma indépendant italien, nous prend par la main et nous emmène découvrir son Paradis Terrestre. Piavoli devient Adam, il marche avec Ève vers un sommet d’où contempler et connaître l’infini, mais c’est dans les détours du chemin, dans les pauses, que le paradis leur est révélé : le plaisir des sens, un état de grâce à deux. Ce voyage imaginaire est aussi biographique, le rêve profondément enraciné dans la dimension matérielle et quotidienne ; invitation à la plénitude de la présence, à l’intensité de l’expérience et de la relation au monde.
Par son monologue, qui s’adresse à sa compagne Silvia, Franco Piavoli emmène les cinéastes et les spectateurs dans un état proche de l’hypnose. Tandis que sa fabulation nous fait redécouvrir l’enchantement du monde, les temps se mêlent : le paradis est en même temps le souvenir du passé, le présent immédiat de la sensation et une tension vers l’imagination, vers la découverte.
Le dispositif contraignant proposé par les cinéastes, deux bobines de pellicule Super 8 l’une après l’autre, amplifie cet état de rêverie : quand les images devient noire, c’est la voix de Piavoli qui emporte au plus profond de l’intimité. Fugacement, nous avons l’intuition qu’une vie entière nous est dévoilée.

Margot Mecca

Perduto Paradiso in due rulli dresse le portrait émouvant d’un cinéaste culte de la scène indépendante italienne. Quelle est la nature de votre relation à Franco Piavoli et à son cinéma ?

Nous avons un grand respect pour le cinéma de Franco, à qui nous devons beaucoup, même si notre parcours et notre poétique sont très différents des siens. Son travail a une grande originalité, qui fait aussi sa postérité.

Comment et avec quelle proposition l’avez-vous abordé, en amont du tournage ?

Nous entretenons une relation amicale avec Franco depuis plusieurs années. La proposition est venue spontanément, un après-midi, quand il s’est mis à nous parler d’un film qu’il rêverait de faire. Son histoire nous a tellement convaincus que nous sommes revenus le voir quelques mois plus tard, avec deux bobines de super-8, pour lui demander de nous raconter à nouveau l’histoire de ce « paradis ». Bien entendu, il n’a pas répondu exactement à nos attentes, et nous a livré une version alternative, mais tout aussi vive et spontanée.

Vous avez choisi de travailler avec cette contrainte : n’utiliser que deux bobines de film super-8. Mais le son excède ce que la caméra voit. Pourquoi ce choix ?

Nous sommes arrivés à Pozzolengo avec nos deux bobines, et un vague souvenir de l’histoire racontée par Franco. Nous nous étions fixés cette limite de deux bobines, quelle que soit l’étendue du sujet. L’espace qui s’intercale entre les deux, le noir, l’absence d’image, font partie d’un alphabet cinématographique qui ne cherche pas à épuiser son objet.

Piavoli entraîne le spectateur (et les réalisateurs) dans une sorte de voyage enchanté vers un paradis bien à lui. Sa voix se fait hypnotique et nous transporte dans son univers intérieur. Comment avez-vous travaillé avec ce « pouvoir magique » du personnage ?

À mesure que le film avance, les contours du discours se font de moins en moins explicites, et de plus en plus imagés, dans une forme de contrepoint avec ce qu’on entend. C’est que l’univers poétique de Piavoli ne cherche pas l’effet de réalité, mais passe avant tout par la médiation lyrique de son imagination.

Interview par Margot Mecca

 

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Fiche technique

Italie / 2023 / 7’

Détenteur des droits
Lab 80 film
Andrea Zanoli
andrea.zanoli@lab80.it