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夢の涯てまで

TILL THE END OF THE DREAM

Natsuka Kusano

Esquisser le cheminement du deuil, saisir ses méandres subtiles, tel est le difficile ouvrage auquel s’est attelée Natsuka Kusano dans Till the End of the Dream. Nous voici non loin d’Hiroshima, où Yoshimi vit seule après la perte de son compagnon. Pour capter les variations de sentiments, la cinéaste s’attache avec sensibilité au quotidien de la jeune femme et aux paysages sans qualité qui l’entourent, comme évidés. En quelques légères touches, ce bouleversement intérieur est dépeint avec grâce et douceur. Le film restitue ici, comme autant d’offrandes imaginaires, la délicatesse d’une gorgée de thé partagée, ou mesure le poids comme le plaisir de quelques mots banals échangés autour d’un gâteau partagé sur un coin de table. En quelques plans, quelques bribes de conversations sur un ton étale, presque chuchoté, se devine le deuil au travail, dans un espace habité par la présence fantomatique de l’aimé. Question de présence, de souvenir, dans ce film dont la langueur mélancolique dessine un certain état d’être, une certaine attention aux autres, à ce qui arrive comme au temps qui passe. Un temps aussi suspendu, comme en témoigne la double lecture de la parabole finale, sur les mouvements de l’espérance du retour d’un monde passé et de son souvenir. Dans une conscience – une âme – marquée par la perte, et vouée à l’attente comme à la désolation. Et aussi à ce qui peut advenir.

Nicolas Feodoroff

Au début du film, le personnage principal écrit : « Je suis allée à Hiroshima. Mais je n’ai rien trouvé ». Cette phrase pourrait également nous rappeler Hiroshima, mon amour, réalisé par Alain Resnais en 1959. Était-ce le point de départ pour Till The End Of The Dream?

Non. Ce sont là mes propres sentiments : on m’a demandé de travailler sur le thème d’Hiroshima et j’y suis donc allée, mais je n’y ai rien trouvé.

Till The End Of The Dream parle de souvenirs, de résilience et d’Hiroshima. Comment avez-vous développé le scénario ?

On m’a proposé le sujet d’Hiroshima. Ce film n’est tiré d’aucun scénario, et il puise sa structure dans les recherches effectuées par les acteur•ices et ma visite à Hiroshima.

Les fantômes côtoient les vivant•es dans le film. Qu’est-ce qui a inspiré cette idée ?

Il ne s’agit pas ici de savoir si je crois ou non aux fantômes ; en tout cas, je crois que les « esprits » (au sens large) sont omniprésents.

Pourquoi avez-vous imaginé une artiste dans le premier rôle et comment avez-vous choisi les comédien•nes ?

J’ai tout de suite voulu travailler avec des acteur•ices non professionnel•les dans tous les rôles. L’artiste qui tient le premier rôle a déjà joué dans mes courts-métrages.

J’ai remarqué de la légèreté dans votre traitement du sujet du film. Pourtant, il aborde des questions très sombres. Pouvez-vous préciser comment vous avez utilisé le contraste dans cette œuvre ?

J’ai réalisé un film sur le thème de l’absence. Même si cela peut sembler contradictoire, la légèreté et l’humour s’avèrent toujours essentiels dans mes créations.

Cela explique-t-il la mise en scène épurée, sans musique, et la prévalence des plans fixes ? Pouvez-vous préciser votre démarche ?

Cela résulte simplement de notre manque de temps et de budget. C’est tout. Mais à mon sens, mettre un court-métrage en musique est aussi une tâche ardue.

Comment pouvons-nous interpréter le titre Till The End Of The Dream (Jusqu’au bout du rêve)?

C’est à vous d’en décider. J’ai emprunté le titre de l’album de l’un de mes artistes préféré•es. Les réminiscences s’apparentent à des songes, et des souvenirs enfouis ressurgissent parfois dans mes rêves.

Entretien réalisé par Olivier Pierre

Traduit de l’anglais par Ewen Lebel-Canto

 

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Fiche technique

Japon / 2023 / 24’

Détenteur des droits
Takuro Araki
takurou.araki@gmail.com