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Entretien avec Nicolas Peduzzi au sujet de SOUTHERN BELLE paru dans le quotidien du FIDMarseille du 12 juillet 2017

Southern Belle est votre premier long métrage. Votre personnage évolue dans l’univers du Sud des États- Unis. Pouvez-vous nous parler du désir à l’origine de ce film ?
J’avais été plusieurs fois à Houston avec Taelor car nous étions ensemble il y a une dizaine d’années ; elle est depuis restée une très bonne amie. Elle m’avait touché par sa personnalité unique, sa façon de parler qui me rappelle certains personnages de la littérature américaine du sud. Ensuite il y a Houston, cette ville conservatrice et maudite par son passé et son histoire sanglante et ségrégationniste, qui fait naître en opposition des gens assez rebelles et originaux comme Taelor. Elle m’a ensuite présenté aux membre de sa famille, la grand-mère, l’oncle, les cousins et autres amis. J’avais beaucoup de préjugés avant de voyager à Houston – l’aéroport s’appelle Georges Bush – mais je me suis rendu compte que les choses n’étaient pas si simples. J’étais surpris de parler avec des gens qui étaient très honnêtes, pour le pire comme pour le meilleur, le plus souvent pour le pire, sans aucun filtre, ce qui pour un film est intéressant. L’addiction est aussi un sujet qui m’intéresse en général, le fait que, par exemple, 90% des américains prennent des amphétamines qu’on leur donne à l’école dès leur plus jeune âge, « pour se concentrer », ce qui crée souvent des problèmes d’addiction assez tôt comme dans le cas de Taelor. Au final, il y a ce rapport à la vie et à la mort, aux armes, qui est omniprésent dans le Sud et dans les Etats-Unis, un pays de gens affamés qui ont pris la terre d’autres gens affamés et l’ont exploitée. Houston est une ville qui représente bien toutes ces contradictions. J’étais aussi touché par la tragédie de cette jeune femme à la recherche d’une famille ; Taelor n’a pas de jugement sur les gens qui l’entoure, elle pardonne et aime ces personnes qui ne peuvent pas, en retour, lui donner ce qu’elle désire plus que tout argent ou héritage : une famille.

Le film rend sensible la question de la filiation, surtout la possibilité de se reconnaître dans la filiation, ce qui n’est pas encore acquis pour Taelor. La manière dont vous la filmez, caméra à l’épaule, proche d’elle et en mouvement, atteste de cette incertitude. Comment avez-vous pris les décisions de tournage ?
La filiation et l’héritage sont surtout son grand malheur car ils représentent la mort de son père, la personne que jusqu’à ce jour elle continue d’aimer le plus au monde, et aussi la seule personne de sa famille qui n’ait pas voulu la voler ou la trahir. Le choix de la caméra à l’épaule est surtout un choix pratique car nous avions affaire à des gens qui se déplacent tout le temps, ensuite cela nous permettait d’être flexible et de se faire oublier tout en capturant des moments intimes, de là vient aussi le choix d’une équipe très réduite, nous étions deux la première fois à Houston, et ensuite trois durant le deuxième voyage. Nous n’avions pas de preneur de son, je pense qu’avec une équipe plus lourde ces témoignages n’auraient pas eu lieu. Par ailleurs, le cadre très en mouvement que l’on peut trouver au cinéma ne m’a jamais dérangé. Je trouve au contraire que cela peut donner un aspect moins propre et plus concentré sur l’humain, et cela fonctionnait bien avec mes personnages en général.

Taelor est omniprésente à l’écran, a-t-elle participé à l’écriture du film ? Comment votre collaboration s’est-t-elle articulée ?
Taelor nous a beaucoup aidé, son histoire était une chose qu’elle avait besoin de raconter, et qu’elle raconte très bien d’ailleurs. Elle parle d’une façon imagée, avec une voix très particulière. La voix off a été écrite par elle, c’est simplement une retranscription de son histoire, de ce qu’elle a bien voulu nous raconter. Je connaissais déjà bien son histoire et notre intimité m’a permis d’avoir accès à certaines choses autrement invisibles.

L’héritage de Taelor apparaît plutôt comme une malédiction, un poids énorme, un sujet de discorde. Il est beaucoup question d’argent dans le film, mais nous ne le voyons jamais vraiment, sinon dans ce qu’il représente et ce qu’il produit.
Oui, dans le cas de Taelor, l’argent est une véritable malédiction. Taelor fait tout pour s’en débarrasser, elle le cache, l’oublie, le perd, mais elle en est esclave et cela la rend folle. Je trouvais intéressant que cette jeune femme – riche dans certains aspects de sa vie – vive presque comme une personne clochardisée. L’argent est pour elle un fardeau : il représente trop de trahisons. Toute chose pratique ou matérielle qui touche à son héritage est pour elle synonyme d’un énorme manque affectif et la fin d’un conte de fée avec son père.

Inscrit dans la tradition du portrait au cinéma, le film ne se contente pas de faire le portrait de cette « beauté », mais nous fait entrer dans un monde où drogues, alcool, errances nocturnes, chasse de nuit et visites de famille se mêlent et se croisent. Comment le travail de montage s’est-il articulé ?
Il y a beaucoup de choses que nous avons décidé de couper au montage, même si c’était très tentant de les montrer. Ainsi, nous avions beaucoup d’images sur la drogue, les armes, le racisme chez son oncle, etc. Mais Taelor a pris le dessus et s’est posée comme notre guide dans cet enfer qu’est Houston. C’était une belle surprise de se rendre compte que l’idée première que j’avais du film s’est confirmée au moment du montage, sans que je ne parle trop au monteur, en le laissant découvrir les rushs. Car j’avais besoin de quelqu’un avec un peu de recul. Nous avons donc ensuite décidé de ne pas inclure certaines images peut-être sensationnelles mais qui racontaient une autre histoire, et pas vraiment la nôtre.

Propos recueillis par Hyacinthe Pavlidès

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