SOIRÉE VIDÉOFID DU 26 SEPTEMBRE 2017 > retour 
 
 MarceloNovaisTeles.jpg

Entretien avec Marcelo Novais Teles au sujet de L'EXILÉ paru dans le quotidien du FIDMarseille du 13 juillet 2017

Construit et filmé sous la forme d’un journal – dès votre installation à Paris en 1981, avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir jusqu’aux années 2000 avec la droite au commande – votre film est une épopée. Pourquoi avez-vous commencé à filmer ?
J’ai commencé à filmer pour apprendre. Dans ma vie, la pratique passe toujours avant la théorie. Je filme donc en Super-8 pour savoir ce que c’est qu’une focale, une ouverture, le diaphragme. Puis en vidéo avec une caméra 8mm qu’un ami m’avait ramenée de Chine, parce que ça va vite et ça coûte beaucoup moins cher. Comme j’avais envie de faire du cinéma, je faisais très attention à ce que je filmais. Pour L’Exilé, j’ai commencé quand j’ai eu 30 ans. Dès le départ, j’ai voulu que cela dure dans le temps. Je voulais nous voir vieillir et savoir ce que nous allions devenir. Jeune, déraciné, exilé, à Paris, vous rencontrez une galerie de personnalités dont certains visages aujourd’hui connus – Mathieu Amalric, Alain Guiraudie, Olivier Broche – qui parcourent furtivement ou plus longuement les images. La place qu’ils occupent est comme une métaphore de la famille que l’on se choisit.

Comment avez-vous rencontré la vôtre ?
Je n’appartiens pas à une « famille de cinéma ». Ma famille ce sont mes amis. Je n’ai donc pas une famille, mais une dizaine de familles. J’ai connu Olivier, Mathieu, Alain, François, Isabelle et les autres quand nous étions jeunes. J’ai voulu avec ce film mettre en pratique l’enseignement de Jean Rouch et c’est bien naturel que mes amis acceptent de jouer le jeu.

Le montage du film est étonnant à la fois de justesse et de liberté. Vous avez dû amasser un nombre d’heures considérables sur ces années, quel a été votre axe de montage ? Comment avez-vous procédé ?
Contrairement à ce qui se fait de nos jours avec l’arrivée du numérique, je filmais comme si c’était de la pellicule. Je ne regardais pas les rushes et je ne faisais généralement qu’une prise. Au bout de 20 ans, je n’avais que 35 heures de rushes. C’est Caroline Detournay, la monteuse, qui m’a demandé de sortir d’autres cassettes Hi-8 et des bobines Super-8 d’époque. Quand j’ai essayé de monter le film moi-même, obsédé par la chronologie, j’ai obtenu un objet un peu rigide, presque clinique. Grâce à Caroline, à qui j’ai laissé l’entière responsabilité de donner un sens à ma vie, nous sommes arrivés à ce résultat-là. Quand au procédé, c’est sa cuisine, je pense que c’est à elle qu’il faut poser la question.

La musique est très présente dans le film. Des chansons brésiliennes ponctuent la narration délicate que vous avez construite au montage. Quelles orientations avez-vous donné au compositeur ?
Zeca Baleiro est l’un des musiciens brésiliens les plus créatifs et éclectiques de sa génération. Nous avons d’abord, Caroline et moi, ponctué le montage avec des morceaux tirés de ses albums. Puis, nous avons envoyé le tout à Zeca qui vit à São Paulo. Il remplaçait un morceau existant par une composition, nous l’envoyait, on la testait et on faisait nos commentaires. Il tapait tellement juste dès la première tentative qu’on avait très peu de choses à lui dire. Ensuite, avec ses musiciens, il a enregistré tous les instruments dans son propre studio.

Le film ouvre sur un carton « Dans l’existence, il est un moment charnière où «je» n’est pas encore, alors que «il» n’est déjà plus, c’est l’ex-il ». Pouvez-vous commenter ?
Cela m’est venu après avoir trouvé le titre définitif. Ma femme était en train de traduire en chinois le livre Violence et Islam - Entretiens avec Houria Abdelouahed, dans lequel il y a un passage où il est question d’exil. L’exil en tant que renaissance ou comme renouvellement, comme métissage et comme ouverture sur l’autre. C’est très beau, mais aussi assez triste d’être un exilé. Je suis un exilé qui n’a pas été contraint de quitter son pays, qui a choisi sa destination. Bref, tout cela m’a emmené à ce jeu de mots : l’ex-il. Une forme de schizophrénie qui passe par l’apprentissage de la langue : « je » n’est pas encore Français, alors que « il » n’est plus Brésilien. Mais tout cela n’a plus d’importance, vu que maintenant je suis devenu Français.

Propos recueillis par Fabienne Moris

FaLang translation system by Faboba