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Entretien avec Chloé Mahieu et Lila Pinell au sujet de BUSINESS CLUB paru dans le quotidien du FIDMarseille du 4 juillet 2015

Vous aviez réalisé un film autour de jeunes catholiques intégristes dans Nos fiançailles (2012), dans Business Club, vous présentez les affaires d’une famille aristocrate, qu’est-ce qui vous intéressait dans ces milieux précis ?
Dans les deux cas, les films étaient au départ pour la télévision. L’enjeu pour nous est de réussir à les traiter de façon non télévisuelle, de trouver un point de vue différent pour observer, de ne pas aborder frontalement les thèmes donnés. Ce qui nous intéresse dans ces communautés fermées, c’est qu’elles fonctionnent de façon quasi autonome avec leurs codes, leurs valeurs et leurs rituels, et qu’elles sont pensées pour perdurer dans le temps. On a cherché des endroits de résistance depuis lesquels observer ces milieux. Un point de vue inconfortable qui les force à questionner leurs valeurs et qui permet de les aborder par leurs limites : l’amour chez les intégristes, les affaires chez les aristocrates.

Quel était le projet à l’écriture, le scénario envisagé ?
Nous voulions voir la façon dont Arthur était capable de s’arranger avec les contingences commerciales. Gagner de l’argent et l’assumer, traiter avec les Chinois, moderniser son image en écoutant du rap ou en se faisant un crête, autant de nécessités liées au marché qui ne s’accordent pas en apparence avec les valeurs prônées par l’aristocratie. Mais nous avions en tête de faire le portrait d’un Guépard moderne, qui doit changer et s’assimiler pour assurer la permanence de ses privilèges ancestraux : « Pour que tout reste pareil, il faut que tout change ». Cette citation de Lampedusa est un des points de départ du film;

Pas de commentaire ou de musique off mais plusieurs tableaux qui ponctuent les scènes, quelle valeur leur donnez-vous ?
Les tableaux sont là pour signifier la continuité. L’enjeu pour une famille aristocrate est d’établir une généalogie qui remonte le plus loin possible. Elle a des tableaux dans son patrimoine qui sont là pour rappeler cette généalogie. Nous avons créé une généalogie fictive qui reprend des motifs contemporains et qui vient nuancer l’impression de modernisation et d’assimilation d’Arthur.

Pourquoi avoir choisi de filmer souvent en plans-séquences, fixes, frontalement ?
Parce qu’on souhaite éviter l’exotisme. On ne filme pas pour démontrer une idée qui serait antérieure au film. On cherche plutôt à observer depuis un lieu dont on présume qu’il sera intéressant pour montrer les contradictions d’un personnage, et à travers lui d’un milieu. Ensuite, on essaie que la matière soit la plus brute possible : peu de montage à l’intérieur d’une séquence, plans fixes frontaux sur pied qui disent la complicité absolue du sujet pendant le tournage. C’est ce qui nous permet d’exercer notre regard critique sans nous positionner contre ce qu’on filme.

Quelle était la dynamique du montage entre les discussions commerciales et les autres séquences, fêtes ou activités sportives par exemple ?
On n’a pas pensé le montage en fonction de ça. On a plutôt cherché à montrer comment les choses se répètent. Tout est histoire de conservation. La famille d’Arthur parvient à garder son statut d’élite parce qu’elle a su utiliser le pouvoir de son nom pour le transformer en pouvoir financier. C’est son réseau qui lui a permis de démarrer et de s’adresser à une clientèle BCBG ravie de voir ses codes célébrés dans des vêtements. Les fêtes ou activités sportives font partie du travail au même titre que les discussions commerciales, puisqu’elles sont un moyen d’entretenir ce réseau. Comme dans tout système cyclique, l’idée de crise est un élément important. C’est plutôt autour de cette idée qu’on a cherché à monter le film. Annoncer que la France est en crise, et l’entreprise avec, est un moyen de pression utilisé par les banquiers sur Arthur, par Arthur, sur ses équipes. Mais nous voulions montrer que finalement le niveau de vie d’Arthur ne bouge pas et que la famille est parvenue à regagner ses lettres de noblesse, probablement pour longtemps.

Propos recueillis par Olivier Pierre
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