Entretien avec Nazim Djemaï au sujet de À PEINE OMBRE paru dans le quotidien du FIDMarseille du 5 juillet 2012

À peine ombre est tourné à la clinique de La Borde, créée par Jean Oury. Comment avez-vous organisé chacun des entretiens, notamment le choix des lieux, la longueur des plans ?
Pour les entretiens, une seule règle du jeu, que les figures choisissent le lieu où elles souhaitaient être filmées. La longueur insoupçonnable des plans n’a d’importance que celle dictée par la scansion des silences et de la parole des figures. une parole, laissant émerger comme dans une partition les temps morts, les silences, mettant en exergue l’intensité du verbe.

Le fait de mêler les pensionnaires et les soignants, est-ce pour vous une forme d'hommage au travail de son fondateur ?
Ce n’était pas l’idée de ce film, s’il est perçu comme un hommage au docteur Oury, c’est vraisemblablement grâce à sa ténacité et au travail fait dans le cadre de la psychothérapie institutionnelle et ce depuis la création de la clinique de La Borde en 1953. Pour moi, il s’agit de mettre les figures quel que soit leur statut, leur fonction, leur place, au même diapason. Non pas dans une démonstration de quelque nature que ce soit. J’ai vécu avec les pensionnaires des moments plus ou moins difficiles, teintés de grâce par moment. Ce qui a créé entre nous un climat de confiance propice au filmage des figures.

Pouvez-vous revenir sur la structure du film, dans son ensemble comme dans la succession des entretiens ?
Curieusement, nous nous sommes laissés piéger par la règle de Boileau de l’unité de lieu, d’espace et de temps. Le film commence par la brume matinale et s’étend jusqu’au petit matin par des conversations improbables.

L'importance de montrer le lieu, la nature environnante ?
La Borde et les quatre points cardinaux qu’évoque Hélène le premier personnage du film, dont le centre est le château, point de repère principal, au cas où les pensionnaires s’égarent. Les quatre points cardinaux sont la garderie, le poulailler, la serre, la salle de spectacle et les entours La clinique s’inscrit dans un paysage d’étangs, de bois, de champs, au coeur de la Sologne, sur un territoire de quarante hectares. Au long des saisons, les entours portent, enveloppent la singulière solitude et la vive morsure de la maladie.

Le titre ?
La prétention de ce film serait la mise en lumière de figures soustraites au regard des normopathes, et enserrés dans des murs comme ceux des cimetières, de peur que les morts s’échappent. C’est sûrement une velléité de ma part, d’éclairer et de mettre en lumière, ceux de par leurs difficultés psychiques sont mis au banc de la société, au cas où la folie serait contagieuse.

Propos recueillis par Nicolas feodoroff

 

 

 

FaLang translation system by Faboba