2012 / EP

CONTACTOS

ÉCRAN PARALLÈLE  / LES FILS DU POUVOIR

«Avec un budget dérisoire et des moyens techniques réduits à l’essentiel (juste la location d’une caméra), ce jeune cinéaste a tourné son premier long métrage en un peu plus de deux semaines. Contactos (Contacts) illustre bien cette part marginale et astucieuse qui se démarquait de la production typique, films ayant la dictature franquiste pour sujet. Contactos a été réalisé en hâte, sans autorisation officielle et dans le plus grand secret. Tourné en 16mm noir et blanc, la bande son faite en post-production dans un petit studio d’enregistrement de Madrid, il n’a bénéficié d’aucune distribution commerciale.
 Néanmoins, si Contactos représente une synthèse des conditions de production du cinéma indépendant et politique de l’époque, il se détache de ce genre de cinéma par sa modernité. Au lieu de se référer à des codes narratifs conventionnels pour décrire le climat d’oppression imposé par la dictature, le film recourt aux propositions esthétiques les plus radicales du moment. Ainsi, le titre est-il emprunté à un morceau de musique électronique du célèbre compositeur Karlheinz Stockhausen. En effet, le film se déploie selon une logique quasi mathématique de symétrie et de rythmes. La systématicité des positions de caméra (Contactos a été tourné dans seulement quatre décors différents, tous naturels) – en général des plans frontaux éludant toute notion de perspective, ainsi que la quasi absence de mouvements de caméra (limitées à quelques panoramiques latéraux), confèrent au film une sobriété formelle proche du concept de sériélisation que Stockhausen et d’autres éminents musiciens d’avant-garde des années 1970 venaient d’élaborer.
Mais la référence à Stockhausen n’est pas seule à se glisser dans ce cinéma. Les scènes dans l’hôtel filmées depuis l’extérieur sont la traduction exacte des fameuses boîtes vides de l’artiste basque Jorge Oteiza. Deux autres références décisives, enfin. D’un côté, le cinéma de Straub et Huillet, et plus précisément la vision matérialiste de la vie et des oeuvres de Jean Sébastien Bach dans leur film de 1968. Comme le dit Viota, « Contactos, c’est la chronique d’Anna-Magdalena Bach sans Bach, dans laquelle le génie musical est remplacé par l’atmosphère oppressive du régime franquiste ». De l’autre, il y a la lumière du réalisateur japonais Yasujiro Ozu, que Paulino Viota a rencontré lors de son passage à la télévision, juste avant le tournage de Contactos. L’architecture temporelle du film est également à souligner. La destruction systématique de sa structure chronologique contraste avec le respect temporel scrupuleux dans les scènes d’intérieurs.
Dans une séquence souvent relevée par la critique, Javier tourne au coin de la rue et sort du champ. À l’occasion de deux plans d’ensemble, la caméra attend patiemment que le personnage ait terminé sa promenade, trois minutes plus tard. Il y a une contradiction évidente entre le temps abstrait du montage et le temps concret du plan. D’une part, la décentralisation radicale de l’espace et du temps des séquences donne naissance à une expérience dominée par la fragmentation – semblable en cela à l’évolution quotidienne d’un sujet clandestin, toujours sous la menace. D’autre part, le caractère strictement documenté de chaque scène vise le coeur du temps même. Ce temps est celui « qui nous avait été volé pendant (par) la dictature », comme l’a fait remarquer le scénariste de Contactos, Santos Zunzunegui.

Javier Moral
(traduction de l’anglais : Céline Guénot)

Fiche technique

Espagne, 1970, N&B, 16 mm, 70’

Version originale : arabe. Sous-titres : anglais, français. Image : Islam Kamal. Son : Samir Nabil. Montage : Perry Moataz.
Filmographie : El Shater Amr, 2011 ; Hawi, 2010.
Avec Yasser Beltagy, Amr Wishahy, Mohamed El-Sayed

EP

Synopsis

En savoir +
EP - Elle, Isabelle Huppert 2018
12.07.2018 - 11:45
Le Miroir/Centre de la Vieille Charité
13.07.2018 - 14:30
Le Miroir/Centre de la Vieille Charité
Synopsis

En savoir +
EP - Elle, Isabelle Huppert 2018
Synopsis

En savoir +
EP - Elle, Isabelle Huppert 2018
15.07.2018 - 19:15
Villa Méditerranée
16.07.2018 - 10:00
Villa Méditerranée
Synopsis

Quatre chapitres sont rassemblés ici, chacun explorant différentes manières d’adresse, et d’écoute. 1. Le téléphone comme moyen de retarder le dialogue. 2. Parler aux animaux, qui...

En savoir +
EP - Histoire(s) de Portrait 2018
Synopsis

Il faut plus de six heures à Daniel Buren pour son entrée en cinéma. Aucune surprise pourtant : rien de moins ici qu’un autoportrait d’artiste, via ses œuvres, abordées sous l’angle...

En savoir +
EP - Histoire(s) de Portrait 2018
Synopsis

Le grain du granit serait la face visible d’un mystère émanant d’un enfant. Le grain du film de Pat Collins serait l’artifice distinguant les images de fiction des images d’archives, celles...

En savoir +
EP - We're gonna rock him 2018
Synopsis

Les trouées de lumière dans la nuit, petits points blancs dans le noir de l’écran laissent entrevoir une barque, un pêcheur ou un oiseau. La musique se déploie tout comme l’horizon ou la...

En savoir +
EP - We're gonna rock him 2018
13.07.2018 - 21:30
Vidéodrome 2
16.07.2018 - 12:15
Villa Méditerranée
Synopsis

Dans le paysage enneigé et austère d’une ville polonaise, un jeune nord-africain cherche un réconfort difficile à trouver. La soupe qu’il mange au restaurant arabe local n’a pas le goût de...

En savoir +
EP - Les Sentiers Expanded 2018
Synopsis

Des élèves se déplacent jour après jour aux quatre coins d’une cour d’école, avant de passer la grille qui les sépare de l’extérieur. Dans cette enceinte, l’on y bavarde, taquine, la...

En savoir +
EP - Les Sentiers Expanded 2018
14.07.2018 - 11:00
MuCEM
15.07.2018 - 14:15
Le Miroir/Centre de la Vieille Charité
Synopsis

L’été en banlieue. Entre les tours de grands ensembles, les avions tracent un mince fil cotonneux. Deux jeunes soeurs prennent la fuite. Rêve ? Réalité ? Le film se déroule sous forme d’un...

En savoir +
EP - Les Sentiers Expanded 2018
14.07.2018 - 11:00
MuCEM
15.07.2018 - 14:15
Le Miroir/Centre de la Vieille Charité