• Compétition Ciné +

EL ROSTRO DE LA MEDUSA

THE FACE OF THE JELLYFISH

Melisa Liebenthal

Un jour, Marina, la trentaine, se réveille avec un autre visage que le sien. Cette métamorphose est prétexte à une réflexion aiguë sur l’identité et ce que peut impliquer un changement d’apparence dans notre rapport aux autres et à la société. Notre visage nous identifie-t-il ? Marina est-elle toujours la même personne ? Comment vivre avec un autre visage tout en restant la·le même ? Autant de questions que Melisa Liebenthal s’amuse à soulever avec esprit, dans une mise en scène précise et pleine d’humour où l’insolite rencontre la banalité. En proie à une angoisse existentielle, affectée dans sa vie intime et sociale, Marina voit aussi en cette transformation l’opportunité de se défaire de certaines obligations et de s’inventer un autre personnage. Pour “traiter l’irréel avec le maximum de réalisme”, comme disait Cocteau, la réalisatrice entremêle joyeusement différents genres : comédie, documentaire, essai visuel. Comme dans ses précédents films, elle fait de l’exploration de photos d’archives familiales, qui ne sont autres que les siennes – le “vrai” visage de Marina est celui de Melisa – son terrain de jeu : découpées, décadrées, zoomées, recollées, ces images ne réfèrent plus à rien ni personne. La possibilité même de l’identification est ébranlée, et analysée avec fantaisie à travers des animations 2D qui détournent le langage de la reconnaissance faciale. A cela s’ajoute une précieuse matière documentaire, qui donne à observer dans un zoo les comportements des humains face aux animaux et à leur plus ou moins grande “humanité”. Dans cette hiérarchie, la méduse est tout en bas. Amorphe, anonyme, insaisissable, elle subvertit les paradigmes de l’identité et incarne, de ses subtiles modulations, un idéal de liberté, une existence fluide prise dans un mouvement perpétuel.

Louise Martin Papasian

  • Compétition Ciné +

Fiche technique

Argentine / 2023 / 75’

Musique : Inés Copertino
Avec : Rocio Stellato, Vladimir Durán, Federico Sack

Production : Eugenia Campos Guevara (Gentil Cine)