Soirée VidéoFID du 7 avril 2022

Le jeudi 7 avril à 21h00, en présence du réalisateur

à La Baleine, Marseille

LES RENDEZ-VOUS DU SAMEDI d'Antonin Peretjatko

compétition - première mondiale - FID 2021

La diplopie « se définit comme un trouble fonctionnel de la vision qui se traduit par la perception de deux images pour un seul objet » (Clément Chéroux). Antonin Peretjatko installe littéralement à l’image ce phénomène de dissociation. Il marque ainsi un des enjeux des Rendez-vous du samedi : la perception du mouvement de protestation dit des Gilets Jaunes, séquence politique au très long cours et qui a nourri les médias, investis dans une bataille sur le terrain de la représentation des manifestants. La rue avait déjà sa place dans le fougueux La fille du 14 juillet. Ici, elle est le creuset d’un pamphlet politique railleur et enlevé qui s’affirme comme un hommage au Fond de l’air est rouge de Chris Marker. Si ce n’étaient quelques indices de notre temps (le gilet jaune et l’uniforme policier), Les rendez-vous du samedi pourrait avoir été tourné dans les années 70. Effrontément, le film entremêle au récit des manifestations et de leur répression une ligne serpentine et badine qui retrace les amourettes de son personnage, Pierre Bolex (dont le nom prête à sourire). Nymphettes en mini shorts, James Bond Girls sur les toits de Paris : le male gaze parfaitement anachronique est trop ostensible pour être sérieux. Derrière ces femmes muettes surgies elles aussi de films des années 70, renvoyées à leur sexe, femmes à l’époque évincées de l’écriture de l’histoire insurrectionnelle, se devine une interrogation quant aux discours d’autorité qui déterminent la légitimité des figures en lutte et confisquent la parole à celles et ceux jugés indignes de porter des revendications politiques.
Les Rendez-vous du samedi tisse deux temps qui semblent étrangers l’un à l’autre : Les Gilets Jaunes et le temps suspendu des confinements successifs, pour mieux les inscrire dans une continuité politique. Alors, à l’insouciance schizophrénique et amnésique, surjouée et bouffonne, répondent un retour en images et un geste de cinéaste qui, parti filmé caméra 35 mm au poing ces rendez-vous du samedi, dangereux et plus enfiévrés que des retrouvailles amoureuses, use moins de la pellicule pour sa valeur esthétique que pour nous dire avec ferveur : « j’y étais ».
(Claire Lasolle)

INFORMATIONS PRATIQUES

La Baleine Marseille
59 cours Julien
13006 Marseille
+33 4 13 25 17 17
Métro: Notre Dame du Mont
Tarifs cinéma: 4,5€ / 6,5€ / 7,5€ / 9,5 €
Abonnement : 35€ les 5 places / 65€ les 10 places