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Séance du 15 février 2023

Bureau du FID

En présence de la réalisatrice.

Programme

OBSADA

Wendelien van Oldenborgh

Pologne, Allemagne / 2021 / Couleur / 35’

« Obsada » signifie en polonais « équipe de tournage », mais peut aussi signifier « groupe de travail ». L’équipe dont il s’agit ici est double. Celle du film d’abord, devant et derrière la caméra, entièrement féminine, étudiantes en art et en cinéma réunies pour l’occasion au Muzeum Sztuki de Lodz. La communauté s’affaire à déplier et interroger à rebours une action menée en 1973 par une autre équipe, entièrement masculine celle-ci. L’enjeu de cette action, initiée par la célèbre école de cinéma de Lodz, était, 23 jours durant, d’interroger la dimension collective de la fabrique du cinéma. D’une fabrique et d’un groupe à l’autre, Wendelien van Oldenborgh poursuit avec Obsada son investigation animée pour une contre-Histoire féministe – après celle du modernisme architectural de Two stones (FID 2020), puis de l’invisibilité des femmes artistes dans une perspective décoloniale dans Hier. (FID 2021). Ici cela passe d’abord par la visibilité du hors champ. Opérant par décadrages et contrechamps, à la fois outils et objets de cette investigation, Wendelien van Oldenborgh met en avant ses propres conditions de tournage, retournant ainsi les invisibilités. Alors que les archives noir et blanc de l’événement sont convoquées et remises en mouvement pour être questionnées et devenir un nouveau matériau, la couleur s’expose comme un autre enjeu pour ce groupe de femmes. Signe du modernisme polonais (masculin), la voici réappropriée : gélatines colorées qu’elles manipulent, vêtements monochromes qu’elles portent, scotchs, murs. Superpositions, dessins, autant de gestes qui suscitent et accompagnent le déploiement de la parole. Mais Obsada ne se contente pas de revisiter le passé. L’enjeu décisif, d’hier à aujourd’hui, est de rappeler que le chantier reste ouvert, la Pologne étant, on le sait, à la pointe des mesures liberticides et réactionnaires instaurées contre les femmes.
(Nicolas Feodoroff)

HIER.

Wendelien van Oldenborgh

Pays-Bas / 2021 / 28’

Wendelien van Oldenborgh
De l’architecture, Wendelien van Oldenborgh fait tout à la fois son décor et son outil d’investigation pour interroger la politique et son histoire. On se souvient de la formidable sophistication des constructions de Two Stones (FID 2020) et de Beauty and the Right to the Ugly (FID 2015). D’une simplicité délibérée, le titre de son dernier film souligne sans équivoque l’importance de l’espace. Et pourtant, à nouveau encore, refusant le schématisme et la démagogie des raccourcis, c’est la complexité qui est revendiquée. Car l’espace, cet « ici » filmé, est instantanément multiple : le sol et le cadre où l’on se tient ; là d’où l’on provient et qui continue de flotter en nous et en-dehors de nous (le caractère musical, en somme, d’un espace) ; la mémoire du lieu, elle-même métissée (les couches, visibles ou pas, de toute archive qu’est un site). Profitant d’un temps de rénovation du Musée d’art moderne à Arnhem pour elle aussi reprendre à neuf les questions liées à la communauté indo-européenne des Pays-Bas, elle y a composé une tresse à trois fils : un groupe de jeunes musiciennes, FRED ; une poétesse, Pelumi Adejumo ; et une historienne de l’art, Lara Nuberg. Si le bâtiment d’origine du Musée s’inscrit dans un passé colonial, sa vocation aujourd’hui est de revendiquer les artistes femmes ou issus de la diversité. Voilà du coup ces jeunes femmes invitées à animer, sous nos yeux, ce Musée : en sons et en mots, en analyse et en poème, en gestes et en images. Et à dialoguer avec les murs du bâtiment et les allégories qui s’y sont déposées. Travail collectif, où la réalisatrice parvient à faire danser en magnifique intelligence toutes les subtilités.
(Jean-Pierre Rehm)

Bureau du FID

Festival International de Cinéma de Marseille

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