Communication avec les morts, apparitions/disparitions et autres événements surnaturels : depuis L’Heure du Berger (2007) jusqu’à House of Love (2021), Pierre Creton n’a cessé de faire de l’intérieur de sa maison un dispositif fantastique. Dans Still life primavera, le dispositif est limité à une fenêtre fermée qui donne sur le jardin. On est le 21 mars, c’est l’équinoxe du printemps à Vattetot-sur-mer. Tandis que la nature s’éveille au dehors, Gaza meurt sous les bombes. Comment être là sans oublier là-bas ? Pour faire tenir ensemble l’ici et l’ailleurs, le cinéaste s’est fait l’officiant d’un rituel solitaire : chaque heure, pendant 24 heures, faire une prise d’une minute, la caméra immobile devant la fenêtre. Pendant les 12 heures de nuit, au début et à la fin du film, la fenêtre devient le sombre miroir dans lequel se reflète la flamme d’une bougie allumée : veillée solitaire pour le peuple de Gaza. Pendant les 12 heures de jour, un chien, un âne, un chat, un merle, des animaux apparaissent et disparaissent en toute innocence dans un jardin qu’on pourrait croire paradisiaque. Mais au fond du jardin, une colonne dressée répond à la bougie : la veillée continue. La fenêtre est un retable qui, bien au-delà du jardin, ouvre sur le lointain du désastre. Quand, la nuit revenue, des images du désastre apparaissent sur l’écran d’un ordinateur posé devant la fenêtre, une main y imprime sa noire silhouette. On l’avait vue, plus tôt, tenir entre deux doigts une blanche primevère entre la fenêtre et la caméra.
Cyril Neyrat
