It’s Raining Cats and Dogs, It’s Raining Cats and Dogs

Claire Doyon

France, Colour and B&W, 2022, 26’

Première Mondiale

Après un long métrage consacré à sa fille autiste non verbale (Pénélope mon amour, FID 2021), Claire Doyon se tourne vers une amie autiste du syndrome d’Asperger pour trouver des réponses à certaines de ses questions. L’amie est assise, face à la caméra, dans un grand jardin où chantent les oiseaux. Très vite, les paroles échangées de part et d’autre de la caméra dépassent largement le cadre de l’interview. Car autant qu’un discours d’accueil, ou même plus encore, ce qui importe, c’est d’accueillir une présence. En entremêlant la matière numérique de l’interview avec des plans de fleurs en Super 8 muets, Claire Doyon réussit non seulement à offrir l’un des portraits les plus tendres et les plus ludiques qui soient. Mais, comme on l’a rarement vu auparavant, son court métrage incisif parvient à aborder l’énigme de l’autisme en tant que manière d’être au monde, ainsi que sa poésie propre.

Cyril Neyrat

Entretien

Claire Doyon

Après Pénélope mon amour (FID 2021), un long métrage consacré à votre fille non verbale, ce nouveau film met en scène votre amie Isabelle, atteinte du syndrome d’Asperger. Pourquoi avez-vous souhaité réaliser ce portrait d’elle ? Quel lien existe-t-il entre ces deux films ?

Au départ, l’idée était de filmer Isabelle dans le cadre du documentaire sur Pénélope. Pénélope ne pouvant pas s’exprimer verbalement, je pensais qu’Isabelle pourrait partager son expérience sur certains sujets, ce que ma fille ne pouvait pas faire. En filmant Isabelle, j’ai trouvé que ce qu’elle disait était important. J’ai beaucoup appris sur ce que peuvent ressentir les personnes autistes. Je ne pouvais pas choisir tel ou tel moment. J’ai décidé de réaliser un film totalement distinct.

Votre film mêle deux types d’images : des images numériques de la conversation avec Isabelle et des images tournées en Super 8. Pourquoi ce choix ? Et comment avez-vous imaginé cette association de deux formats ?

J’ai souvent mon Super 8 avec moi. C’est comme un stylo d’une autre couleur que j’utilise en parallèle du tournage. J’aime l’ergonomie de cette caméra, le son, le jeu avec le hasard et la liberté que je ressens quand je m’en sers. Avec Raphaël Lefèvre, le monteur, nous avons inséré ces images comme des ponctuations aux paroles d’Isabelle, pour leur permettre de respirer. Je voulais aussi donner une idée de l’environnement visuel et sonore dans lequel nous tournions. C’est une roseraie, et Isabelle est une spécialiste des roses. Nous étions entourés de fleurs et d’oiseaux qui font partie intégrante du film.

Très vite, les propos d’Isabelle sortent du cadre habituel d’une interview filmée. Vous avez choisi de montrer toutes ces digressions, ces apartés. Pourquoi ce choix ? Comment s’est déroulé le tournage avec Isabelle ?

Je voulais réaliser un film sur l’amitié particulière qui nous lie, Isabelle et moi. Il me semblait que c’était dans ce qui se passe en marge du tournage que résidait notre véritable lien. Je me tourne vers une amie autiste pour mieux comprendre ma fille, et elle accepte de chercher des réponses avec moi. Mais c’est difficile, c’est tendu. J’insiste un peu trop. Je ne voulais pas cacher ma présence hors champ. Nous sommes sur un pied d’égalité, et selon moi, c’est aussi un film sur ma quête et son caractère obsessionnel. Je ne voulais pas couper la phrase où elle dit « Je ne veux pas que tu filmes ça ». Je laisse cette phrase, car elle montre ma propre violence, et la violence inhérente au cinéma, qui est faite d’insistance et qui se révèle parfois quand on atteint certaines limites. Je laisse la phrase, mais bien sûr je coupe après. Le film existe dans cette tension.

Le film culmine avec une métaphore élaborée, puis décortiquée par Isabelle. Comment cette métaphore a-t-elle vu le jour ? Y a-t-il eu un processus d’élaboration commune ? Quelle a été la contribution d’Isabelle à la préparation du film ?

Nous avions choisi le décor à l’avance, préparé les questions et les thèmes. Beaucoup de choses avaient été planifiées. C’est très stressant pour Isabelle, comme pour toute personne autiste, d’être confrontée à l’imprévu. Mais quand nous avons commencé à tourner, bien sûr, le hasard et l’imprévu se sont immiscés dans le tournage. Dans le film, Isabelle parle du rosier de soie. Mais pendant le tournage, elle a évoqué de nombreuses variétés de rosiers. Elle connaît énormément de choses sur les roses. C’est très impressionnant. Lors du montage, nous avons choisi ce rosier pour sa métaphore, et parce qu’il déborde du cadre, nous sommes fatigués et nos personnalités se révèlent telles qu’elles sont.

Entretien mené par Nathan Letoré

Fiche technique

  • Original version :
    french
  • Subtitles :
    english
  • Script :
    Claire Doyon
  • Photography :
    Pascale Granel, Claire Doyon
  • Editing :
    Raphaël Lefèvre
  • Sound :
    Olivier Schwob, Clément Chassaing
  • Production :
    Carole Chassaing (Tamara Films).