L’identité visuelle du FIDMarseille est créée, pour la deuxième année consécutive, en collaboration avec la graphiste Manon Bruet, assistée par Gabriel Dubourg. Après une première collaboration autour du film 6 annonces, commandé à Pierre Creton pour la 36e édition, Manon a travaillé autour du film Les errants blancs de Pauline Curnier Jardin (2007) pour la 37e édition.

Comment a commencé cette collaboration  ?

Lorsque j’ai rencontré l’équipe du FID avant l’édition de 2025, je leur ai parlé de mon envie de ramener l’image en mouvement au cœur de l’identité visuelle du festival. Jusqu’alors, les affiches reposaient plutôt sur des illustrations ou des photographies d’œuvres d’art contemporain. Je trouvais intéressant de reconnecter la communication du festival à l’idée même de cinéma, à travers l’image en mouvement.

Peux-tu nous présenter l’identité visuelle de la 37e édition ?

L’identité visuelle de cette édition s’est construite à partir du film Les errants blancs de Pauline Curnier Jardin, réalisé en 2007. L’enjeu principal était de poursuivre certaines pistes ouvertes l’année précédente avec le film de Pierre, tout en développant un nouveau langage graphique lié, cette fois-ci, aux spécificités du film de Pauline.

L’an dernier, le travail tournait beaucoup autour du cadrage et du regard caméra. Cette année, ce qui m’a frappée dans le film de Pauline Curnier Jardin, c’était surtout la notion de séquence : les apparitions, les passages, les déplacements des enfants dans le cadre.

J’ai donc travaillé autour de cette idée de séquence cinématographique. Cela m’a amenée à introduire une couche typographique inspirée des scripts de cinéma et de la machine à écrire, avec des fragments de texte issus du film. Comme pour l’édition dernière, c’était important pour moi que les affiches ne soient pas uniquement informatives, mais qu’elles portent aussi une voix et une narration.

Affiche de la 37e édition du FIDMarseille

Carte postale de la 37e édition du FIDMarseille

Pourquoi avoir gardé la couche bleue comme un ingrédient prédominant de cette nouvelle proposition graphique ?

La couche bleue joue plusieurs rôles. D’abord, elle prolonge la recherche menée l’année précédente en créant une continuité visuelle entre les éditions. Mais surtout, elle participe à la sensation de mouvement. En vibrant légèrement, elle rappelle le fait qu’un film ou une vidéo sont en réalité composés d’une succession d’images fixes (24 images par seconde le plus souvent) et évoque également les prémices du cinéma et les recherches en chronophotographie. Enfin, cette couche bleue apporte aussi une dimension presque science-fictionnelle, qui faisait écho à l’atmosphère du film de Pauline et à ses figures d’enfants vêtus de combinaisons blanches.

Combien d’images du film as-tu extraites et utilisées ?

J’ai extrait environ 586 images du film. Je travaillais souvent par séries d’images successives afin de conserver la logique de séquence. Dans un premier temps, j’ai vraiment travaillé sur une quarantaine d’images. Puis, progressivement, certaines ont été éliminées. Finalement, l’identité visuelle repose principalement sur quatre séquences importantes et environ huit images centrales. Pour chaque séquence sélectionnée, j’ai choisi deux images à des moments différents afin de suggérer un mouvement ou une progression narrative.

Pourquoi avoir choisi les enfants vêtus de blanc comme figures principales ?

Même si le film contient de très beaux paysages et des moments contemplatifs, il m’a semblé évident que, pour une communication de festival, il fallait une figure immédiatement identifiable. Les enfants vêtus de blanc sont devenus ces figures emblématiques. Ils portent à la fois l’étrangeté, la fiction et la narration du film.

Qu’aimerais-tu explorer à l’avenir dans le langage visuel du cinéma ?

Je pense que cela dépendra toujours du film avec lequel nous travaillerons. Cette expérience m’a appris que chaque film ouvre ses propres possibilités graphiques. Le film de Pierre m’a amenée vers certaines recherches, celui de Pauline vers d’autres. Mais il reste énormément de choses à explorer : le générique, la voix, les sous-titres, le montage, les textures, les formes narratives… Le cinéma offre un langage visuel extrêmement riche.

Entretien avec Manon Bruet mené par Eulalie Pernelet.