Révolution Française (Rappel), French Revolution (Recall)

Marylène Negro

France, 2026, Couleur, 38’

Première Mondiale

Révolution Française (Rappel), comme on parle de piqûre de rappel. C’est sans doute contre le fascisme ascendant que Marylène Negro veut prémunir nos systèmes immunitaires en revenant à la source insurrectionnelle de la politique moderne, et surtout à ses représentations cinématographiques. Tandis que les pulsations d’une musique électronique alternent avec des plages de silence suspendu, des images de l’histoire du cinéma rappellent que la mise en images de l’héritage révolutionnaire a irrigué celui-ci presque depuis ses débuts. La cinéaste superpose les images, les inverse en négatif, les encadre les unes dans les autres pour laisser les formes de mise en scène se contaminer, tandis qu’à l’image s’inscrit un texte qui mêle des citations révolutionnaires des différents films. Le cinéma, art du peuple… en armes. 

Nathan Letoré

Entretien

Marylène Negro

« Sur une idée de Nicole Brenez », lit-on sur un carton final. Comment ce projet est-il né ?

Tout commence par ce message que m’envoie Nicole :

« - Un film sur la Révolution, à base des dizaines de films sur la Révolution française que j’ai récoltés il y a quelques années pour René Viénet, mais dont il n’a finalement encore rien fait — Et qui se centrerait sur les plans où quelqu’un explique ce qu’est la révolution et pourquoi il faut la faire. Bien sûr à toi de trouver la forme révolutionnaire ! »

Face aux 95 films réalisés entre 1897 et 2018, le bel enjeu a été d’imaginer ma propre révolution.

Révolution française (rappel) forme un diptyque avec X+. Ce film était une commande de Nicole Brenez, pour un cycle de programmation lié à l’exposition « Anonymes, USA » au BAL en 2010.

X+ est réalisé à partir de 10 documentaires tournés aux États-Unis dans les années 60/70. J’avais demandé à Nicole de me fournir la matière et décidé de travailler à partir de l’ensemble du corpus proposé.

Révolution française (rappel) et X+ sont des films de remplois, chacun obéit à un dispositif précis et revient sans relâche sur le cinéma qui enregistre des silhouettes, des groupes, des foules, des masses. Ils explorent l’un et l’autre les formes de présence visuelles où figurent ces anonymes innombrables qui constituent la trame de l’humanité, centrée sur des peuples en révolte. Ce sont deux films très peuplés, une histoire collective animée d’une question : qu’est-ce qu’un agent historique ?

Votre film est un montage de séquences montrant des événements de la Révolution Française, tirées de l’histoire du cinéma. Comment s’est opérée la sélection de ces extraits ? Selon quels partis pris avez-vous ensuite travaillé l’image ?

Tout au long du visionnage, film après film, j’ai prélevé des citations, choisies une à une parce qu’elles sont particulièrement fortes ou touchantes, parce que tout cela me parle.

Ces citations, saisies dans des dialogues ou des « cartons », ont été retranscrites au mot près. L’ensemble, répertorié sous forme de chapitrage, bâtit un scénario qui entrelace les principes d’une révolution démocratique et les questions fondamentales du cinéma.

Lors d’un second visionnage, j’ai retenu dans tous les films (cités ou non) les passages où l’on voit des foules, en somme, le peuple. Le choix du motif des foules impulse au film dynamisme et engagement. Ce sont les figurants en marche qui le font avancer.

Sur la table de montage, dans la superposition des films et l’accumulation des histoires, les séquences retenues ont été découpées et positionnées selon la temporalité du film dont elles sont issues. C’est cette opération qui entraîne les rapprochements entre séquences de films différents, ou les superpositions de deux images. Les rapprochements que le film opère échappent ainsi à toute volonté ou intention.

La plasticité retravaillée des images amplifie les expressions des figurants, gomme la singularité des visages pour produire un effet d’élan irrépressible ou de puissance surnaturelle de la foule. Cela produit une plasticité inattendue, une inquiétante étrangeté qui ramène le connu à l’inconnu, de la matière d’où jaillissent des formes possibles.

Au générique de fin figurent les 95 films, annoncés par un « Avec » en début de liste, comme s’ils étaient mes acteurs. Cela pour donner une dimension perspective au film, un appel au peuple contemporain.

À l’écran s’affichent des phrases de différentes origines, organisées par chapitres. Comment avez-vous composé ce texte ?

J’ai construit le film pour qu’il travaille à identifier cinéma et révolution.

Chaque citation choisie a été insérée en plan fixe dans le déroulement des images, comme une proclamation, pour arrêter l’instant par sa puissance, son impact.

Toutes les citations s’inscrivent en surimpression à même l’image, à tour de rôle selon le déroulement successif de onze chapitres.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le travail du son ? Pourquoi le choix de cette musique électronique, et cette dialectique entre moments de silence et reprise de la musique ?

La structuration du film en chapitres apparaît par des plages alternées de silence et de musique, de colorisations et d’images intactes, ceci afin de relancer sans cesse l’attention et la réflexion. La fragmentation musicale et les effets plastiques dynamisent le film.

Le morceau de techno est répété sur toute la durée du film, il resurgit en cut par intermittence, juste le temps des citations. Une sorte de couperet.

Le choix d’une musique techno s’est imposé : il fallait un rythme haletant, qui ramène à l’élémentaire d’une énergie, à l’instar de celle qui meut un peuple en révolte au moment où il fait l’histoire. Ce morceau de Secret Cinema est à la fois soutenu et accueillant.

Propos recueillis par Nathan Letoré

Fiche technique

  • Scénario  :
    Marylène Negro
  • Image  :
    Marylène Negro
  • Montage  :
    Marylène Negro
  • Son  :
    Marylène Negro
  • Production :
    Nicole Brenez (La Butte rouge)
  • Contact :
    Marylène Negro