C’est, on n’en sera pas surpris, à la règle du très gros plan à laquelle Larry Clarke & Jonathan Velazquez plient cette vignette d’« un jour ». Visages découpés, mais jamais pour se nicher en psychologue, plutôt, toujours, pour glisser, loi du skate, sur les peaux et leur grain, les poses et leur maladresse, les regards, les bouches et les lèvres. Clope reine dans chaque décor, c’est la fumée de toutes ces expirations qui relie tous les personnages dans un même nuage d’incertitudes. Les adolescents entre eux – ou, plutôt, là encore : l’un à côté de l’autre. Les enfants et leurs parents (passe, magistral comme à l’accoutumée, un Vincent Macaigne ébouriffé en pater paumé), qui n’ont, mais personne n’en fait un drame, guère à se dire. Énergie en continu, dialogues en pointillé, mélancolie d’un plaisir qui ne sait plus se nommer, couleurs splendides jusqu’au rouge feu du générique de fin. Un morceau de temps, des découpes de chair, un bout de film qui semble arraché à un ensemble plus large ou, au contraire, qui le contient, en ramassé, pour l’éternité, tout entier.
(Jean-Pierre Rehm)
