D’abord, l’attente. Celle de Briséis qui, délaissée, face à la mer, attend Achille. Puis Phyllis, déambulant par bois et chemins, qui attend Démophon ; et aussi Héro à guetter le retour de Léandre ; Oenone attendant Pâris ; et bien sûr Pénélope, campée par Françoise Lebrun, à se languir d’Ulysse. Autant de personnages empruntés aux Héroïdes, texte d’Ovide qui revisitait en son temps les figures féminines de la mythologie grecque sous forme d’adresses écrites à l’époux ou l’amant dont elles étaient séparées. charlotte Serrand prolonge le geste de réappropriation, et si les costumes évoquent l’antiquité, les falaises de Bretagne face à la mer et leur bunkers renvoient très lointainement à la Grèce. Des lettres où il s’agit d’attente, de désir, de souffrance, il restera très peu, sinon quelques tableaux, et les figures rhétoriques seront prises en charge par autant de musiques à l’anachronisme assumé. Naît un flottement, une tension menant d’hier à aujourd’hui. Peu à peu cette relecture pleine d’humour et d’incongruités se nourrit du présent, la soumission des femmes se fissure, se déplace : elles se rencontrent, s’occupent, comme ce moment de baignade bien contemporain. Seule subsistera l’adresse de Pénélope - question de génération ? Qu’au final, elles oublieront, décidant de partir ensemble, en achevant les 1048 lunes du titre, leur temps d’attente à toutes réunies. (NF)
Charlotte Serrand
