Corniche Kennedy, c’est un nom d’avenue qui sonne, qui claque à l’oreille et qui résonne dans nos souvenirs : s’y devine une route sinueuse et vaste, s’y entend du soleil aveuglant, d’ici et d’un autre continent, s’y abrite de l’héroïque et du tragique. Corniche Kennedy, on ne saurait le nier, voilà un titre flamboyant, c’est celui du dernier film de Dominique Cabrera, adapté du beau roman éponyme de Maylis de Kerangal. Mais que signifie, dans ce cas, adapté ? Ne faudrait-il pas dire avec plus de justice : rendu à sa source ? Car enfin, cette mer qui va être mise sans cesse au défi, elle est ici, sur l’écran, visible dans les innombrables reflets de sa surface. Car enfin, ce ciel, le voilà saturé de son azur étincelant. Et les minots qui jouent aux héros, n’entend-on pas leurs expressions si imagées exploser aux couleurs de leur inimitable accent ? Hommage à Marseille, et à ses populations, c’est avant tout début d’intrigue ce qui se donne pour évidence dans ce film généreux, curieux, fidèle à l’esprit de ces lieux accidentés, magnifiques, dangereux, exaltants. Dominique Cabrera a su diriger cette petite troupe de sorte qu’elle habite sa langue, ses coutumes à la manière dont elle dompte les rochers. On songe à Aniki Bobo, on se souvient de Vigo : il y a ici vigueur, humour, tendresse. Et quoi, est-il besoin de le préciser, de plus réjouissant, que de projeter, pour son baptême du feu, ce film à quelques mètres de là où il aura été tourné ?
Jean-Pierre Rehm
