De la toponymie, branche de la linguistique, à l’espace politique, les liens peuvent être inattendus. Telle est l’entreprise de dévoilement de nouveau film de Jonathan Perel, qui fait de son cinéma un outil d’exploration et de documentation précise des traces des dictatures passées en Argentine. Nous sommes dans la province de Tucuman, au nord de l’Argentine, région emblématique où fut signé en 1816 le premier acte d’indépendance de l’Amérique du Sud, et où se déroula l’« Opération Indépendance » dès 1974, répression sanglante contre la guérilla. Répression qui eut pour auxiliaire singulier l’urbanisme. Comment ? Par l’établissement d’une série de villages construits à neuf selon un schéma directeur identique, et dont la structure porte le projet politique. Perel déplie systématiquement ces espaces, les après les autres : la place, l’inscription de sa devise, le monument dédié à celui auquel elle doit son nom, combattants morts dans la lutte contre la guérilla, l’église, sans omettre l’ordinaire de ses logements et de ses rues. Inquiétante répétition que dévoile la rigueur du dispositif, en quatre chapitres eux aussi à la structure identique, ouvrant chaque fois sur les documents officiels fondateurs de ces villages, et filmant le morne des lieux, aujourd’hui. Systématisme d’où sourd l’effroi du projet, d’un lieu à l’autre, mené à rythme de métronome, dessinant le quadrillage du paysage, ses survivances et son épuisement. (NF)

Toponimia, Toponimia
Jonathan Perel
Argentine
Première Internationale
- Programme
- Cinéaste
Fiche technique
- Version originale :Espagnol
- Sous-titres :Anglais
- Scénario, image, montage et son :Jonathan Perel
- Production et distribution :Jonathan Perel