« Terrible mot est un ‘NON’ », dit le sermon connu de António Vieira, prêtre et prédicateur portugais du XVIIe, évoqué dans la première image, avant le générique. Terrible mot d’un film inépuisable : du bon ou du mauvais côté, à l’endroit ou à l’envers, il sera toujours un ‘NON’, peu importe d’où on le lit. N’hésitons pas, soyons téméraires : rentrer dans l’œuvre d’Oliveira exige d’affronter, avant n’importe quel autre, son film le plus désiré, le plus obscur, celui qui nous met face à face avec un destin collectif irréparable. En Afrique, Cabrita, sous-lieutenant de l’armée portugaise en pleine Guerre Coloniale, raconte à son peloton l’histoire des portugais à partir de leurs plus grandes défaites. Cette histoire, on l’entend bien, est un cauchemar. Une hallucination. Un projet mystique qui va s’achever par cet œil inconnu voyant le narrateur saigné à mort, le matin du 25 avril 1974, avant que la voix même d’Oliveira vienne prendre brusquement cette place. C’est le jour de la Révolution des Œillets, celui aussi de la fi n d’un Empire si onirique et si fou qu’il n’a sans doute jamais été habité ni par la réalité ni par la fiction. À partir de là, aucune épopée portugaise ne sera plus admissible. Vaine est la gloire de commander. Qui sommes-nous, où sommes-nous, peuple portugais perdu, depuis cet arbre des origines qui ouvre le film et cache la transcendance de tous nos mythes ? Oliveira nous avait prévenu : « Sans Non, tout mon travail serait incomplet. » Éternel retour, sans début ni fi n, celui aussi du cinéaste qui revisite son propre travail et quatre écrivains de sa table de chevet : Camões, Camilo Castelo Branco, Teixeira de Pascoaes et don Quichotte. La rencontre se fait sur un banc en bas de chez lui, à Porto : O Velho do Restelo. Son film ultime, tourné l’année dernière dans un moment de crise absolument néfaste pour le cinéma portugais, n’a rien de testamentaire, mesdames, messieurs : il veut juste tout recommencer. (FF)
“Non”, ou a Vã Glória de Mandar Suivi de O Velho Do Restelo, “Non”, ou a Vã Glória de Mandar Suivi de O Velho Do Restelo
Manoel de Oliveira
ÉCRAN PARALLÈLE, MANOEL DE OLIVEIRA FRÔLER L’ÉTERNITÉ
- Programme
- Cinéaste
Fiche technique
- Version originale :Portugais
- Scénario :Manoel de Oliveira, avec les conseil de P. João Marques
- Image :Elso Roque
- Montage :Manoel de Oliveira, Sabine Franel
- Musique :Alejandro Masso.
- Son :Gita Ceveira
- Avec :Luis Miguel Cintra, Diogo Dória, Miguel Guilherme, Luis Lucas
- Production :Paulo Branco
- Version originale :Portugais
- Image :Renato Berta
- Montage :Valérie Loiseleux
- Musique :José Luís Borges Coelho
- Son :Henri Maïkoff
- Avec :Diogo Dória, Luis Miguel Cintra, Ricardo Trêpa,
- Production :Luis Urbano, Sandro Aguilar, O Som e a Fúria
- Distribution :Epicentre Films