No Form, No Form

Tsai Ming Liang

TAÏWAN

Tsaï Ming-liang avait initialement le projet d’un long métrage en costume qui, s’inspirant d’un écrit ancien, aurait retracé le périple vers « l’Ouest », en l’occurrence l’Inde, d’un moine bouddhiste chinois du VIe siècle. Puis le projet s’est lui aussi déplacé, devenant une série de vignettes, No Form étant la première, et Walker la seconde, seules jusque-là tournées, et promises à être toutes rassemblées plus tard sous forme d’installation. Lee Kangsheng, son complice acteur de longue date, et figure du double du réalisateur à la manière du Doinel de Truffaut, y revêt les habits rouge écarlate du moine. Il se meut, ici, dans un espace dédoublé. Au milieu d’une foule à Taïwan, anonyme parmi les anonymes, à marcher au ralenti. Et aussi dans le labyrinthe abstrait d’un espace tout de blanc, en route vers son image.

Si ce film n’est pas sans évoquer la quête spirituelle de A Conversation with God (FID 2002), où le trivial du spectacle urbain offrait l’assurance d’une présence divine partagée par tous, No Form se concentre sur la progression lente de ce moine pèlerin en direction d’une nouvelle forme, rajeunie, et peut-être rédimée. Cousin de l’artiste, sans aucun doute, le film ne prive pas ce bouddhiste patient d’un final aussi merveilleux que drôle. (JPR)