Être Là, Être Là

Régis Sauder

Première Mondiale

Où? La maison d’arrêt des Baumettes à Marseille. Plus précisément, son Service Médico Psychologique Régional, où des psychiatres femmes ont choisi d’oeuvrer volontairement. Ce sont elles que Régis Sauder a décidé d’accompagner, le plus souvent dans le cabinet de ce Service, en dialogue avec des détenus dont on ne voit jamais le visage, loi oblige. Du coup, même si le noir et blanc, le cadre et un montage dynamique exhibent à vif la violence des lieux, offrant un authentique périple cinématographique, celui-ci reste avant tout au service des paroles. Quelles paroles ? Celles qui peinent à se dire, celles hurlées de derrière les portes des cellules, celles (toutes, en vérité) qui frappent du plein fouet de la souffrance nos oreilles inaccoutumées à semblable détresse. Car dans ce flux résonnent aussi celles qui proviennent du désarroi jusqu’au découragement, confiées face caméra par les médecins elles-mêmes. Se révèle alors que ces paroles ne sont pas tant un vecteur de communication transparent qu’un matériau opaque, résistant, délicat à déchiffrer, et qu’il s’agit de tenter d’ouvrir au monde. Car toute cette entreprise pointe un paradoxe : venues pour soigner, soulager, ces médecins se heurtent à un mur. L’assurance d’un apaisement n’est jamais garantie, face à une institution par définition si brutalement contraignante. Pire, leur présence sert de caution à maintenir les choses en l’état, voire à légitimer davantage d’incarcérations. Y a-t-il alors, là, quelque place pour être? (JPR)