El Jurado, El Jurado

Virginia García del Pino

ESPAGNE

Première Mondiale

En plongée, en très gros plan, un visage de jeune femme. Très concentrée, jusqu’à se ronger les ongles, elle écoute. Quoi ? Des échanges de voix, au microphone, pointent une affaire d’homicide. Le titre aidant, voici un procès, cette femme y est juré. Virginia Garcia del Pino nous a donc placé en pointe d’un triangle sophistiqué : nous regardons quelqu’un écouter, sans voir ce qu’elle voit (magistrats, policiers, experts, etc.), mais l’entendant tout comme elle. Nous entendons en même temps que nous voyons sur un autre l’impression que ces paroles produisent : nous écoutons et, à la fois, nous contemplons l’écoute. Elle, en miroir de nous. Situation d’autant plus décisive que cette spectatrice n’est pas passive. Son devoir ? Distinguer le significatif, et conclure en verdict. Scrutée par nous (juré soudain jugé à son tour), c’est une attention hautement sélective qui est observée: tension vers la vérité, vers la justice.

Enfin, ce qu’elle voit, et dont nous sommes privés, nous le fabriquons immanquablement: film mental, rival de ce portrait en cours. L’effet labyrinthique des informations entendues s’en trouve accru : quelle image plaquer sur telle ou telle parole ? À quoi ressemble cet avocat balourd ? Et ce juge à la voix grave? L’accusé est-il là ? Des soucis techniques évoqués pendant l’audience à produire telles images et tels sons, font écho comique à notre propre difficulté de représentation. Qu’un procès soit l’occasion d’embarrasser la venue du vrai, voilà une leçon de cinéma. (JPR)