1937, 1937

Nora Martirosyan

ARMÉNIE / FRANCE

Première Mondiale

En deux chapitres, en deux temps, un même récit. D’une part, 1937, en plein apogée des purges staliniennes à Erevan, en Arménie alors soviétique, année de l’arrestation du père de Nora Dabagian, opposant politique. D’autre part, 2006, le récit circonstancié de cette arrestation par la vieille femme, dénommée affectueusement Baboulia, et très jeune fille alors. Question tendue entre ces deux faces : comment transmettre, quelles images, quels mots, quelles sensations ?

Apparemment deux parties clairement définies, donc. La première, fictionnelle, muette, faite d’impressions, de sensations, s’arrêtant ici sur le chatoiement d’une couleur, là sur un son, est construite à partir du point de vue de l’enfant. La seconde, affichée documentaire, est bâtie sur la parole de la vieille femme. Mais les deux temps se croisent, les récits et les paroles se mêlent, les images passent de l’un à l’autre, les voix se superposent, se doublent, passent d’un corps à l’autre. En deux récits nécessairement fragmentaires et complémentaires d’une expérience insaisissable – sur la perte inconsolable à jamais d’un père, sur la vieillesse et la disparition inéluctable –, Nora Martirosyan offre un film en forme d’hommage, à la transmission et à la mémoire.

Nicolas Féodoroff