FID • Marseille International Film Festival

36e édition du FIDMarseille - Rétrospectives

© Jean-Michel Sicot - Fema 2021

Radu Jude : la fin du cinéma peut attendre

Au lendemain de l’annonce de la sélection de Continental 25 en Compétition à la Berlinale, l'équipe du FIDMarseille est heureuse d’annoncer que Radu Jude sera l’invité de la 36e édition du festival pour une vaste rétrospective de son œuvre.

Formé dans la Roumanie post-communiste/néo-capitaliste, Radu Jude réalise depuis son premier long-métrage (La Fille la plus heureuse du monde, 2009) jusqu’au génial N’attendez pas trop de la fin du monde (2023) une œuvre unique par son explosive et corrosive inventivité.

L’auteur d’Aferim! et de Bad Luck Banging or Loony Porn est un grand cinéaste comique et politique, animé d’une curiosité critique tous azimuts pour le devenir de son pays et du monde. Exposition décapante du capitalisme spectaculaire dans ses états les plus avancés, examen frontal des fascismes et racismes du passé et de leurs persistances contemporaines, analyse grinçante du milieu familial et de ses violences : autant de sujets que Radu Jude travaille avec une liberté d’expérimentation peu commune, porté par une énergie et une joie communicatives, un rare appétit pour les possibles encore inexplorés du cinéma.

En parallèle de ses longs-métrages de fiction, Radu Jude est l’auteur d’une série d’essais documentaires qui forment une part essentielle de son œuvre. Réalisés à partir d’archives photographiques ou filmiques, que le montage associe à toutes sortes de matériaux, ces films méconnus seront au cœur de la rétrospective du FIDMarseille. Elle sera aussi l’occasion de découvrir ses nombreux courts-métrages, dont la diversité formelle constitue un passionnant laboratoire de son cinéma.

Comme son maître Godard, il pratique son art comme un métier de tous les jours, une recherche continue. Il termine cet hiver deux nouveaux longs-métrages de fiction, tournés coup sur coup à l’automne 2024. Ce qui le distingue, c’est donc aussi une manière de produire (pas cher) et de réaliser (vite) qui prend de court les habitudes du cinéma d’auteur contemporain et en déjoue les pesanteurs. Les films de Radu Jude se succèdent presque au même rythme que ceux de Hong Sangsoo – à peu près deux par an –, mais à la différence du maître coréen, chacun de ses films est un prototype, une expérience formelle et narrative insolite.

C’est pour le FIDMarseille une grande fierté et une grande joie d’accueillir Radu Jude pour explorer avec lui ses deux premières décennies de cinéma. 

Il sera présent à Marseille du 8 au 13 juillet pour partager son œuvre avec le public au fil des jours, des films et des rencontres.

photo © Jean-Michel Sicot - Fema 2021

© Punto de Vista

« Imprécis, flou, barbare, irrationnel » : le cinéma de Carolina Adriazola et José Luis Sepúlveda

Rarement montrés en dehors de l’Amérique latine, les films des Chiliens Carolina Adriazola et José Luis Sepúlveda composent l’une des œuvres les plus inclassables et stimulantes du cinéma contemporain. Du viscéral El pejesapo (2007) au sauvagement virtuose Cuadro negro (Grand Prix du Festival Punto de Vista 2025), le FIDMarseille est heureux d’accueillir la toute première rétrospective de leur travail en Europe.

Leurs premiers films, irréductibles aux catégories de fiction ou de documentaire, peuvent être vus comme des radiographies du malaise qui a engendré les mobilisations de 2011 et le soulèvement de 2019 au Chili – pays où subsistent, depuis la dictature militaire (1973-1990) d’abyssales inégalités sociales. Alignés sur les mouvements qui, ces dernières décennies, ont donné corps au mécontentement populaire, hostiles à la pression d'un néolibéralisme parmi les plus violents au monde, Adriazola et Sepúlveda n'ont jamais travaillé pour le marché. Au contraire, leurs processus de production et de diffusion sont autogérés et horizontaux, comme le FECISO-Festival de Cine Social y Antisocial, qui depuis 2007 apporte le cinéma aux communautés périphériques, ou leur Escuela Popular de Cine, qui propose des formations et des ateliers gratuits.

Le cinéma d'Adriazola et de Sepúlveda se risque sur des terrains glissants, dans des régions obscures, où la fiction n’ose habituellement pas s’aventurer. Il développe des procédés performatifs hétérodoxes et s'attaque, avec rage et humour, aussi bien à la supposée hiérarchie de part et d’autre de la caméra qu’à l'immuabilité des rôles sociaux et culturels. Un geste récurrent dans plusieurs de leurs films consiste à passer la caméra à celles et ceux qui sont filmé·es : manière de signaler l'impossibilité de composer le portrait complet ou définitif d’une communauté qui n'est jamais regardée de manière univoque. Manière aussi de destituer toute frontière entre le dedans et le dehors et, avec elle, toute distance accommodante. La singulière puissance politique des films d'Adriazola et Sepúlveda, réfractaire à toute cristallisation idéologique, n'a peut-être d'égale que celle de Glauber Rocha, qu’ils admirent, et qui appelait un jour, peut-être dans l’attente de tels films, à un cinéma qui oserait être « imprécis, flou, barbare, irrationnel ».

Carolina Adriazola et José Luis Sepúlveda seront présents à Marseille du 8 au 13 juillet pour partager avec le public l’énergie de leurs brûlots punks, l'initier aux mystères de leur ciné-guérilla.
 

— Une rétrospective proposée par Manuel Asín, critique de cinéma, ancien directeur artistique du Festival Punto de Vista

photo © Punto de Vista