FID • Marseille International Film Festival

Le FIDMarseille à la Volksbühne, Berlin
3 courts-métrages de Yotam Ben-David

La 3e édition de la série REPERTOIRE, qui invite des cinéastes pour des discussions approfondies et des projections à la Volksbühne

END OF THE WEST
Yotam Ben-David 
France | 2024 | 16' | FID 2024
Compétition Flash

Yotam Ben-David est né et a grandi en Israël. Il a quitté son pays natal et vit désormais à Paris, en exil. Il se met en scène, figure masculine solitaire dans son appartement, fenêtres ouvertes sur la ville et sa rumeur. Le soir tombe. Des voix commencent à venir d’un ailleurs qui n’est pas le dehors. L’imprimante, qui s’agitait toute seule sur un tabouret, s’éteint soudain. Une panne d’électricité redouble l’obscurité du soir. La nuit qui s’ouvre alors n’est pas seulement le contraire du jour, mais le site et la matière d’une expérience intérieure, d’un voyage métaphysique qui mène l’habitant solitaire aux confins de lui-même. Il bavarde sur Skype avec son grand-père, mais lorsque l’ordinateur s’éteint à son tour il n’y a plus que le reflet de son visage sur l’écran noir, entre deux bougies. Rêve éveillé ? Car son grand-père est mort. Parler avec le mort, c’est faire revenir des souvenirs d’enfance au pays, mais aussi déplorer ce que les gouvernants ont fait du pays natal. End : l’extrémité et la fin. L’extrême ouest, c’est Israël, terre d’abord rêvée, puis projetée par l’Occident au-delà de lui-même. Le grand-père est l’incarnation de ce vieux rêve devenu monde perdu, sa mort marque la fin d’une histoire commencée sur les toits de Babylone. Mais la fin de l’extrême Ouest est aussi, nécessairement, celle de l’Occident lui-même : d’une histoire de technique et de conquêtes, coloniale ou spatiale. La méditation en chambre du cinéaste est de cette ampleur : métaphysique, historique, géopolitique. Aucune leçon d’histoire pourtant : plutôt un douloureux et incertain travail de deuil. Au petit matin, les oiseaux chantent, mais des points de lumière tracent une ligne verticale dans le ciel parisien, comme des tirs de roquettes venus de l’autre bout de l’ouest. L’aube est trompeuse : c’est un crépuscule.

Cyril Neyrat

HAVE YOU SEEN THAT MAN?
Yotam Ben-David
 
France, Roumanie | 2020 | 15' | FID 2021
Autres Joyaux

Un champ, la nuit. Un homme étendu mort. Les yeux écarquillés, de jeunes garçons contemplent son cadavre, leur torche illuminant la pénombre tombante. La nuit, une torche, un regard d’enfant : tout ce dont Yotam Ben-David use pour se lancer à la recherche de la vérité. Tour à tour, un garçon toque aux portes du village et demande aux femmes qui lui ouvrent si elles connaissent cet homme. Autant de réponses que de femmes, autant de registres narratifs, autant de vérités alternatives, successives, ou complémentaires. En mosaïque, les destins qui attendent un villageois : anthropologie historique d’un village en noir et flamme.

Nathan Letoré

TONNERRE SUR MER
Yotam Ben-David
France | 2018 | 46' | FID 2018
Compétition Premier film

Entre le jour et la nuit, les collines d’un village en Israël. Le jeune Dekel tente de se remettre d’une séparation douloureuse. Dans l’imprécision d’un décor naturel baigné par la douceur de la lune, il croise son ami Doron dont les chaussures clignotantes diffusent une lumière visible à des kilomètres. Avec deux autres garçons, ils vont passer la nuit à discuter : parler le plus possible, comme une dernière tentative pour redonner vie à ce qu’ils partagent. Pour son premier film, Yotam Ben-David joue des échelles : les corps de Dekel, Doron, Udi et Rona sont filmés au plus près des sourires et des gestes de séductions esquissées, ou apparaissent lointain comme le tonnerre, petits phares lumineux à la recherche de camarades perdus de vue. Assis en cercle, les quatre jeunes hommes révèlent une composition plus secrète lorsque la caméra les capte séparément, mise en valeur de leurs hors-champ mental et des regards lancés dont on ne sait s’ils survivent à la sortie du cadre. Les boissons et le narguilé savourés portent des histoires de l’enfance et de l’âge adulte, des histoires de galère, de bagarre et de vie homosexuelle. Lorsqu’un instant les voix se taisent, les coyotes poussent leur complainte : dénonciation indirecte, la preuve que malgré le flot de paroles, quelque chose entre les garçons s’est bel et bien dissout. Lucide, Tonnerre sur mer ne s’avoue pas pour autant vaincu et continue encore un bref instant de souffler sur le tison du narguilé pour entretenir son feu.

VP

Date : 16.04.2025 à 20h00
Lieu :
Volksbühne, Berlin
En présence de Yotam Ben-David