KASPAR FILM

Florence Pezon

D’abord des archives vidéo muettes, un peu passées : une fillette, debout avec peine, hésite dans ses tentatives à poser ses pas. Puis une figure, l’immense Axel Bogousslavsky, qui anime sa taille enfantine face à la mer dans une pantomime désaccordée. Enfin, un récit entendu off en allemand. Telle est la matière choisie par Florence Pezon. L’enfant, c’est Susan Wiley, connue sous le nom de Genie, enfermée sans soins jusqu’à 13 ans, « découverte » en 1970 en Californie et filmée par les médecins qui l’ont suivie. En off, les récits de la vie de Kaspar Hauser, trouvé un matin de 1829 sur une place de Nuremberg. Résonnent les textes d’Anselm von Feuerbach, scribe scrupuleux, de Georg Daumer, qui l’a un temps recueilli, et de l’autobiographie de l’enfant sauvage par lui-même. D’Axel Bogousslavsky, Kaspar retourné, on assiste par bribes au travail, ici corps dansant, silhouette courant dans un champ, là interrogeant les photos de Genie et remâchant les mots du fameux gamin. Mêler les espaces et les temps, aborder les mystères sans les abîmer, telle est ici la fragile méthode. Pas de trajectoire univoque, mais des passages, des zones de contact d’une expérience à l’autre. Interroger le langage, dire une couleur, sentir le vent, relier et délier d’un même geste. Et Florence Pezon de mèner ainsi son enquête poétique sur la voie du monde, des mots et des sensations, avec le geste créateur en point de fuite, que nous indique la présence conclusive de Jean-Christophe Marti, compositeur, sans mot dire mais au travail, et dont laaccompagne le film.

Nicolas Feodoroff

Fiche technique

ÉCRAN PARALLÈLE  / Souffrance et cruauté

France, 2011, couleur et N&B, 16 mm, 57’ FIDLab 2009

Avec : Axel Bogousslavsky Jürgen Ellinghaus Vincent Lacoste Laurent Lacotte Jean-Christophe Marti. Version originale : français, allemand. Sous-titres : français. Image : Thomas Favel. Son : Vincent Villa, Matthieu Perrot. Montage : Florence Pezon. Distribution : Ana Crews.