Les Années Scopitones

Écrans parallèles

Jukebox Movies from the 1950’s & 1960’s

Lorsque Susan Sontag publie son célèbre essai “Notes on camp” salué par la critique en 1964, elle reconnaît déjà la qualité transcendantale et ringarde de ces courts clips musicaux en 16mm, les incluant dans son canon de films camp. Plutôt en bonne compagnie, c’est sûr !
Il faut imaginer les Scopitones (de la marque des machines qui a commencé à diffuser ces vidéos) comme une sorte de gros jukebox rehaussé d’un moniteur. Les films Scopitones peuvent être considérés comme les dignes successeurs des Soundies américains, diffusés dans des machines similaires qui ressemblaient plus à un placard en bois, et comme les précurseurs des clips musicaux actuels.

Les Soundies ont connu leur apogée dans les années 1940, présentant des orchestres big band à succès tels que ceux de Duke Ellington ou Glenn Miller, avec des arrangements plus ou moins statiques, le tout en noir et blanc. Le mécanisme interne était assez semblable et tout aussi sophistiqué que les Scopitones qui s’apprêtaient à voir le jour. Après avoir inséré une pièce (quelques centimes en France, à l’époque : 50 “Pfennig” en Allemagne de l’ouest) et appuyé sur le bouton de la chanson choisie, un bras saisit une petite bobine en son centre (les amorces sont perforées au milieu du cadre) et la met dans le boîtier de transport. La bande son magnétique est imprimée à côté des cadres sur cette même bobine. Après la projection des films n’excédant pas trois minutes (pour les 45 tours), ils sont rembobinés automatiquement et remis sur le rayonnage où 35 autres clips sont disponibles. Officiellement, la société Scopitone a existé en France de 1958 à 1978 mais elle avait déjà interrompu son activité à la fin des années 1960, début 1970. En Italie, une société concurrente du nom de Cinebox existait depuis 1959, avant de s’appeler Colorama, mais ce fut un échec entraînant sa disparition peu de temps après. C’est la triste raison pour laquelle il n’existe pratiquement aucun Scopitone italien.

Les premiers Scopitones français ont débarqué en 1958 avec un certain Serge Gainsbourg, tourné dans le métro parisien, Johnny Halliday ou Line Renaud, dont “Le Hully-Gully” involontairement artistique et queer a été la raison principale poussant Susan Sontag à observer de plus près ce nouveau phénomène culturel. Environ 700 clips ont été produits jusqu’au début des années 1970 dans toute l’Europe, dont 37 en Allemagne de l’ouest et seulement neuf en Grande Bretagne. A la fin des années 1960, un avènement tardif les a rendus assez populaires en Afrique du nord où environ 300 ont été faits pour des immigrés vivant alors en France.

Aux États-Unis, quelques petites sociétés se sont intéressées à cet essor, traversant l’Atlantique au milieu des années 1960, pour produire 185 Scopitones. Elles s’appelaient “Continental Cinema”, “Tel-A-Sign”, “Satellite Films” ou “Color Sonics” qui n’étaient autre que des départements des Studios Paramount à Hollywood, ce qui s’est avéré pratique – de nombreuses scènes ont été tournées dans les décors de grosses productions avant leur destruction. Mais celle qui eut le plus de succès fut “Harmon-ee” basée à Los Angeles, dont la propriétaire était la célèbre actrice et chanteuse Debbie Reynolds (“Singin’ in the Rain”, 1952) qui bien sûr chantait et dansait elle-même dans la plupart d’entre eux. En 1966, 800 machines Scopitones ont été installées dans toute l’Amérique, pour un montant de 3.500 dollars pièce. A la fin des années 1960, seule “Color Sonics” a survécu, tournant déjà en Super-8, car moins cher et plus simple à vendre sur le nouveau marché du multimédia à la maison. Les Scopitones américains étaient tournés en Technicolor ce qui leur conférait un certain glamour, à l’inverse des vidéos européennes tournés et tirés sur film Eastman Kodak Color, ce qui entraînait malheureusement une déperdition de couleurs. De nos jours, même les négatifs originaux souffrent de ce procédé catastrophique de beauté celluloïd évanescente.

On sait peu de choses voire rien sur les réalisateurs de ces clips. On sait que Claude Lelouch a produit environ 300 films avec sa société “Les Films 13” spécialisée dans la production de Scopitones – réalisant lui- même la plupart d’entre eux. On pourrait également citer Daidy Davis-Boyer, Alexandre Tarta ou encore Jean Salvy qui avaient un peu de succès dans le domaine à l’époque mais sont complètement tombés dans l’oubli depuis. Comme les films étaient tournés sans aucune autorisation de tournage, on devait utiliser des espaces publics comme des parcs, des forêts, des prés ou des lieux touristiques en ville. Parfois à l’instar des Scopitones américains, des décors de films et les restes de productions professionnelles pouvaient être mis à profit avant démolition. Mais la plupart d’entre eux étaient en réalité tournés dans de petits studios avec quelques accessoires et un petit groupe de musique qui apparaît dans plusieurs films ainsi que quelques figurants reconnaissables facilement car réduits à leurs caractéristiques primaires telles que “nain”, “homme noir”, “gitan”. Il faut souligner que nous sommes en plein milieu des années 60, époque inconsciente du sexisme et du racisme qui règnent et pas encore prête pour les remises en question, malgré la perspicacité de Susan Sontag concernant le non politiquement correct pendant une décennie de controverse sociale, de changement et d’agitation.

Attachez vos ceintures pour le monde étrange multicolore stylé et swinguant de la folie des Scopitones !

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