We’re gonna rock him

Écrans parallèles

La présence de la musique au cinéma évoque avant tout la figure d’un compositeur dédié à l’écriture d’une partition mêlée au milieu des sons accompagnant les images. Jusqu’à présent l’écran parallèle consacré à la musique et aux sons du FIDMarseille avait déjoué cette évidence. Plaçant en avant le bruitage, le montage son, le mixage, l’expérimentation ou d’autres surprises, la sélection des films préparait les oreilles à de multiples merveilles. Cette année, une première exception à la règle avec la présence du fameux musicien Ryuichi Sakamoto filmé en concert à New York par Stephen Nomura Schible, async Live at the Park Avenue Armory (2018), second film après Coda en 2017 élaboré avec le compositeur de musique de film et troisième film consacré à un musicien après celui avec Eric Clapton en 2004.
Les retrouvailles avec l’attention à la fabrique des sons se poursuivent avec Thomas Carillon face à Avreeyal Ra, en studio avec un petit ensemble de musiciens dans Here and now. Yasmin Davis, pour un troisième film présenté à Marseille, OM, propose une illusion visuelle et sonore saisissante. Mathieu Amalric, C’est presque au bout du monde ou Clément Cogitore, Les Indes galantes, excèdent dans chacun de leur film bref la seule dimension musicale.
L’expérimentation conserve néanmoins toute sa place. À Buenos Aires, en déjouant l’attente d’une scène, Luciana Foglio et Luján Montes, deux réalisatrices, se réjouissent des sons urbains domestiqués pour nous tirer les oreilles vers des performances toutes plus audacieuses les unes que les autres. El ruido son las casas (Les Bruits sont la maison), la version-maison révèle l’actualité de quelques pratiques musicales singulières.
Le silence, présent lui aussi, sera offert par deux hommes âgés, solitaires, joueurs à leur façon, frères ? jumeaux? Fameux personnages ou lointains héritiers de Richard Wagner ou de la sœur de Nietzsche, Elisabeth filmés par Pablo Sigg, Lamaland (Teil 1) au Paraguay.

Play in the sunshine
We gonna love all our enemies
Till the gorilla falls off the wall
We’re gonna rock him
We’re gonna…
Play, play, play,
Ooo doh, awh, ooo, ooo, ooo
Les mots de Prince Rogers Nelson propulsent le second morceau de Sign o’ the Time (1987) laissant incertaine la douceur ou la violence des intentions, Nous allons le bercer… Nous allons le secouer… telle une évocation de la répétition toute en déphasage d’un it’s gonna rain de Steve Reich en 1965, involontaire décalage à l’origine de tant de nouveautés.
Le film de ce fameux concert sera projeté en version restaurée au Théâtre Silvain.
Gilles Grand

Les musiques électroniques de Gilles Grand ont été produites à Canope, au Frigo, au G.R.M., à l’IRCAM et au Centre G. Pompidou.
Il a composé pour des spectacles de danse et de théâtre, en France et à l’étranger. Depuis 2007, il programme un écran parallèle dédié au son et à la musique pour le Festival de cinéma FIDMarseille. De 2004 à 2007, il a été rédacteur aux Cahiers du cinéma où il a lancé une rubrique titrée Intonation. Il a été publié dans la Revue de littérature générale 95/1 et 96/2 chez P.O.L Editeur et dans l’ouvrage Game of Thrones Série noire, Les prairies ordinaires, 2015. Professeur en école d’art, intervenant de 1989 à 1999 à Montpellier, puis à Nice et depuis 1999, il accompagne les pratiques du son à l’École nationale supérieure des beaux arts de Lyon.