Histoire(s) de Portrait

Écrans parallèles

Hétéroclite par nature, cette programmation rassemble des portraits, à savoir cet usage de l’art cinématographique pour faire voir et entendre, comme nul autre, la jointure entre une voix et des gestes, entre un corps et des phrasés, entre un décor et des récits. C’est à la fois le degré zéro du cinéma (on se souvient, justement, de Numéro Zéro d’Eustache à faire parler sa grand-mère) et une mission d’archivage, de témoignage de grande ambition. Car il ne s’agit pas d’espérer élucider quoi que ce soit, «ficher» qui que ce soit, «saisir» et rassembler de force ce qui ne cesse de se déplier en feu d’artifice derrière un nom propre.
Il s’agit, au contraire, d’offrir à l’énigme d’être toutes les chances d’épaissir, de gagner en mystère, en fascination. Il s’agit de nous permettre de devenir complice sans aucune familiarité avec l’autre, le lointain, le distant, l’inconnu. Il s’agit, comme disait Nietzsche, d’exercices d’admiration.
Jean-Pierre Rehm