2012 LES FILS DU SON

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2012 écrans parallèles

LES FILS DU SON

Au fil, à un fil ou sur le fil du son, deux films en compétition Premier donnent l’ambitus, l’étendue du grave à l’aigu, l’ambition de l’écran parallèle 2012 Les fils du son dédié à la musique et plus largement au sonore. Sur le fil, lorsque surgit un écran rouge ou une coupe franche dans le film Invisible de Victor Iriarte, substituant à la narration l’image d’une interprète vouée à l’alimentation des pistes sonores. Le vampirisme évoqué et surtitré n’est pas seulement hors-champ.
Au fil du son tardant à venir sous la main d’un compositeur passif ou patient, en attente, à suivre dans les déambulations restreintes de Song Song de Gwendal Sartre où les affirmations cèdent la place aux suggestions, où les personnages peuplent tout autant l’imaginaire que l’ordinaire.
L’intervalle sonne, l’ambitus est ouvert entre enfermement et promenade, entre détermination et abandon, entre un solo laissant sourdre un duo ou un tutti dessinant par éclatement les traits du soliloque.

Sons filés.
Chacun des traits, sifflement, voix, vent, souffle ou frottement est estimé avant amplification ou atténuation. Dans Le Fracas des pattes de l’araignée, Aurélien Vernhes-Lermusiaux guette ces manipulations restreintes lors du mixage du film Hors Satan de Bruno Dumont. Entre silence et bruyance, Marcel Hanoun introduit, entre autres, la distinction du lutrin et du pupitre dans Cello. Avec Ambre Murard, le faiseur de La Cabane / Musique de pluie est tel un acteur de film muet, instable et sautillant. L’accordeur se révèle furtivement compositeur dans Estonia de Lucas Bonolo. Les personnages se dessinent à nos oreilles dans les empilements électroniques de Chiles en Nogada signé Billy Roisz. Le Voyage en la terre autrement dite de Laura Huertas Millàn s’enferme sans restriction dans une serre équatoriale de Lille. En un double hommage autour d’une table de mixage ayant ajusté les derniers déséquilibres d’un film à venir, nous retrouvons Frank Scheffer en conversation avec Walter Murch, In conversation with Walter Murch dans les studios Zoetrope de Francis Ford Coppola.

Sons, liaisons sans fil.
Paradoxalement, les pionniers de la transmission sans fil ont dû tendre ou enrouler une réelle quantité de fils et de câbles pour réussir leurs premiers essais de liaison dématérialisée. Un excès de tension prélude à un signal infime et distordu. L’agitation d’une matière pour Edouard Branly, plusieurs craquements avec Guglielmo Marconi et enfin, quelques mots de Reginald Fessenden: « Un, deux, trois, quatre ! ». Le fil, la bobine, le câble, l’antenne transmettent les vibrations qu’il faudra ensuite reconstituer. Le système électronique des 9 Evenings: Theater and Engineering, les neufs soirées de performance réunissant artistes et scientifiques à New York en 1966 comprenaient 289 éléments, transmetteurs, récepteurs, amplificateurs, encodeurs, décodeurs, etc. Cette année à Marseille, les films concaténant les entretiens et les archives des deux représentations de chacune des propositions des dix artistes : John Cage, Lucinda Childs, Öyvind Fahlström, Alex Hay, Deborah Hay, Steve Paxton, Yvonne Rainer, Robert Rauschenberg, David Tudor et Robert Whitman seront projetés en intégralité pour la première fois.

Musiques, filant à l’envie.
Henry Hills réalise la partition filmique de John Zorn dans Arcana. Christine Meisner fige en abstraction le blues du Delta du Mississippi retrouvé en quintette par William Tatge dans Disquieting Nature. Dechen Roder donne à nouveau de la voix dans Hun Synger de Caroline Sascha Cogez (Elle chante) à Thimphu au Bhoutan. Avec l’impulsion de nombreux musiciens, l’énergie débordante du mouvement artistique Tropicália au Brésil, donne un miroitement fragmenté saisi par Marcelo Machado. Enfin, lancé en 1968 et finalisé début 2012 pour la BBC, la première en France d’un aboutissement signé Dick Fontaine sur le saxophoniste Sonny Rollins: Beyond the notes. Au-delà des notes, au-delà des bruits, les fils du son ne s’imposent pas directement à nos yeux ou nos oreilles. Chaque fil est nécessaire sans toujours s’exposer.

Gilles Grand
 
ARCANA
Henry Hills
Autriche / États-Unis, 2011, 31’
Première française
ESTONIA
Lucas Bonolo
Cuba / Brésil, 2012, 29
Première
française
SHE SINGS
Caroline Sascha Cogez et Dechen Roder
Danemark / Bouthan, 2012, 48’
Première mondiale
 
CELLO
Marcel Hanoun
France, 2010, 61’
IN CONVERSATION WITH WALTER MURCH
Frank Scheffer
Pays-Bas, 1980, 15’
SONG SONG
Gwendal Sartre
France, 2012, 40’
Compétition Premier / Première mondiale
     
CHILES EN NOGADA
Billy Roisz
Autriche, 2011, 18’
INVISIBLE
Victor Iriarte
Espagne, 2012, 67’
Compétition Premier / Première mondiale
SONNY ROLLINS BEYOND THE NOTES
Dick Fontaine
Royaume-Uni / États-Unis, 2012, 78′
     
DISQUIETING NATURE
Christine Meisner
Allemagne / Etats-Unis, 2012, 28’
Première internationale
LA CABANE MUSIQUE DE PLUIE
Ambre Murard
France, 2012, 6′
Première mondiale
TROPICÁLIA
Marcelo Machado
Brésil, 2012, 87’
Première française
     
ERROR
Shingo Yoshida
Allemagne, 2011, 11′
Première française
LE FRACAS DES PATTES DE L’ARAIGNÉE
Aurélien Vernhes-Lermusiaux
France, 2012, 37′ 
VOYAGE EN LA TERRE AUTREMENT DITE / JOURNEY TO A LAND OTHERWISE KNOWN
Laura Huertas Millán
France, 2011, 22’
     
     
9 EVENINGS : THEATRE AND ENGINEERING
L’intégrale par Barbro Schultz Lundestam
   
41’ – Deborah Hay : Solo
27’ – Steve Paxton : Physical Things
41’ – John Cage : Variations VII
38’ – David Tudor : Bandoneon! (a combine)
38’ – Lucinda Childs : Véhicle
38’ – Yvonne Rainer : Carriage Descreteness
40’ – Alex Hay : Grass Field
32’ – Robert Rauschenberg : Open score
71’ – Oyvind Fahlström : Kisses sweeters than wine