2012 LES FILS DU POUVOIR

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LES FILS DU POUVOIR

Les célèbres analyses de Michel Foucault touchant au pouvoir, à l’exercice du gouvernement et aux relations de causalité inscrites en leur déploiement ont suggéré de revisiter à la fois les formulations classiques autant que les descriptions marxistes. « Plutôt que d’analyser le pouvoir du point de vue de sa rationalité interne, il s’agit d’analyser les relations du pouvoir à travers l’affrontement de stratégies. » Dénouer, en quelque sorte, quelques fils qui courent, à partir de la source du pouvoir, mais aussi là où ils s’appliquent et comment, s’enchevêtrant, indiscernables, et compliquent toute lecture simpliste. Annoncer « Les fils du pouvoir » correspond donc à une double proposition.  Mécaniste, littérale, d’une part, où le modèle du manipulateur, de l’hypnotiste, du grand marionnettiste prévaut. Figure, on le sait, exemplairement illustrée par Fritz Lang et sa trilogie Mabuse, ou son Spione. Le fil y est alors loin de n’être que métaphore, mais dessine physiquement le lien visible, tendu d’un point de l’oppression à l’autre, à vue et en vue, sans doute, de le couper ou de l’exorciser. Les Poupées du diable (1936) de Tod Browning en relève. Ou encore le méconnu Prisonner’s Dilemma (1970) du sculpteur américain Richard Serra. Et même la somme, si difficile d’accès alors même que la BBC en avait été commanditaire en 1980, 1987, puis 1994, des propositions paranoïaques d’Alan Frankovich, décédé en 1997 dans des conditions mystérieuses à l’âge de 56 ans. À quoi, fil ou corde obligent, il convient d’ajouter l’étrange et rare Death by hanging (1968) d’Oshima, scénarisé, on ne sera pas surpris, par Masao Adachi, où un condamné à la pendaison survit à son supplice et, amnésique, doit rejouer sa vie entière devant les yeux de ses juges pour justifier une ultime exécution.  Deuxième volet, même si les choses, on pourra le vérifier, ne se partage pas si aisément sous l’oeil de la caméra, et cette ambiguïté fait tout autant l’objet de notre pari, certains fils sont plus lâches, plus prompts à s’emmêler, moins directifs, au contraire. L’effet pelote y surpasse celui de la broderie et de ses motifs. Contactos (1970) de l’espagnol Paulino Viota qui retrace une affaire de conspiration bien énigmatique, et que Langlois avait aussitôt programmé à la Cinémathèque. Le célèbre, mais confondant Salvatore Giuliano (1962) de Francesco Rosi, où les figurants rejouent un drame vécu par eux-mêmes quelques années auparavant, le cinéma devenant le miroir non plus déformant, mais « reformant » du monde. Le premier longmétrage d’Avi Mograbi, Reconstruction (1994), étonnant document d’un procès où les accusés, filmés en vidéo par la police pour les besoins de la reconstitution, sont les victimes de leur propre sentiment de culpabilité. Mais aussi, et évidemment, des aventures contemporaines. Quelques épisodes des Death Row (2011) de Werner Herzog, où le cinéaste interroge quelques condamnés à mort aux Etats-Unis. Et le très beau Low Definition Control (2011) de l’autrichien Michael Palm, qui, sur une tonalité qui se rapproche de Harun Farocki, dessine, justement, une suite de fils passablement troubles. Sans oublier le No Man’s Zone (2011), du jeune japonais Toshi Fujiwara, très remarqué à Berlin, qui s’aventure avec pudeur et acuité sur la récente catastrophe de son pays, mais aussi sur les possibilités laissées à l’image d’en témoigner. En dernier lieu, quelques brèves vidéos d’Edgardo Aragon, tout jeune mexicain montré ces jours au MOMA, qui entreprend un processus de catharsis avec des adolescents voués à l’univers du narco-crime. Et d’autres films, pour alléger votre lecture, encore à découvrir.

Jean-Pierre Rehm

 
ARCHÉOLOGIES MAROCAINES
Nicolas Cilins
Maroc / Suisse, 2011, 11’
Première mondiale
ELECTROCLASS. APUNTES SOBRE LA GENERACIÓN DE IMAGINARIOS POSTINDUSTRIALES DESDE LA TELEVISIÓN
Maria Ruido
Espagne, 2011, 53’
Première internationale
LOW DEFINITION CONTROL
Michael Palm
Autriche, 2011, 95’
Première française
     
BAHARI
Ahmed Ghoneimy
Égypte, 2011, 13’
Première internationale
ENERO 2012 (O LA APOTEOSIS DE ISABEL LA CATOLICA)
Colectivo Los Hijos
Espagne, 2012, 18’
Première mondiale
NO MAN’S ZONE
Toshi Fujiwara
France, 2011, 95’
     
CONTACTOS
Paulino Viota
Espagne, 1970, 70’
ENQUÊTE SUR LE / NOTRE DEHORS (Valence-le-Haut) à la date du 15 juin 2012
Alejandra Riera
France, 2012, 110′
Work in progress
PIPE DREAMS
Ali Cherri
Liban, 2012, 6’
Première mondiale
     
DEATH ROW. PORTRAIT : HANK SKINNER
Werner Herzog
États-Unis, 2012, 52’
Première franç
aise
INTO THIN AIR INTO THE GROUND (partie de « THE UNIMAGINABLE THINGS WE BUILD »)
Haig Aivazian
États-Unis, 2011, 31′
THE HOUSES ARE FULL OF SMOKE
Allan Francovich
États-Unis, 1987, 180’
     
DEATH ROW. PORTRAIT : JAMES BARNES
Werner Herzog
États-Unis, 2012, 52’
Première française
J’AI MIS 9 ANS À NE PAS TERMINER
Frédéric Danos
France, 2001-2010, 65′
THE MALTESE DOUBLE CROSS
Allan Francovich
États-Unis, 1994, 92’
     
DEVIL DOLL
LES POUPÉES DU DIABLE
Tod Browning
États-Unis, 1936, 78’
KÔSHIKEI
DEATH BY HANGING
Nagisa Oshima
Japon, 1968, 117’
THE RECONSTRUCTION
Avi Mograbi
Israel, 1994, 50’
     
D PLUS ONE
Fanny Zaman
Belgique, 2012, 31’
Première mondiale
LE RAPPORT DARTY
Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville
France, 1989, 50’
VIVA PARADIS
Isabelle Tollenaere
Belgique, 2011, 17′
     
     
SLIDE SHOW
de Myr Muratet
   
     
FOCUS EDGARDO ARAGON    
EFECTOS DE FAMILIA
Mexique, 2007 / 09, 27’
Première française
LA TRAMPA
Mexique, 2011, 9’
Première française
LEY FUGA
Mexique, 2010, 1`
Première française