Soirée VidéoFID du 2 octobre 2020

Le vendredi 2 octobre au cinéma Le Gyptis à 20h00

en présence du réalisateur

Le FID vous propose, en partenariat avec Actoral, une soirée VidéoFID à Marseille

J’AI AIMÉ VIVRE LÀ de Régis Sauder

première mondiale – FID 2020

Cergy-Pontoise, en banlieue parisienne, ville construite à partir des années 1970, voilà le théâtre du dernier opus de Régis Sauder. Si l’évocation de l’Est natif de son Retour à Forbach (2017) questionnait déjà la commune, le commun, les communautés et leurs enchevêtrements contradictoires, il se conjuguait, sur le mode autobiographique annoncé par un titre emprunté à un autre fameux Retour, à la première personne du singulier. Mais Cergy-Pontoise n’est pas Forbach, et Régis Sauder a décidé, en visiteur curieux et courtois, d’emprunter un guide, ou plutôt plusieurs. Soyons plus clairs : Annie Ernaux, écrivaine dont l’œuvre à caractère autobiographique ne compte pas sans la dimension sociologique et politique, habite Cergy-Pontoise et le revendique : « j’ai aimé vivre là ». En outre, sa vision du récit de « soi » en appelle, dans une tradition baudelairienne, à la foule des passants : ce sont les autres, écrit-elle sans équivoque, qui lui livrent « son » image : ce sont les visages, les allures, les bribes de conversation des habitants de cette ville qui sont porteurs de ses « confessions. » À cette position exemplaire s’ajuste la singularité de Cergy-Pontoise et de son histoire urbanistique : ville nouvelle dont un ancien village est le centre, urbanisme délibérément utopique (une préfecture, par exemple en forme de pyramide inversée), population aux origines mélangées, etc. Voilà du coup un film écrit au nous, et un cinéaste qui délègue avec la plus grande des attentions le cheminement de son film, qui s’égare avec appétit dans ces lieux si souvent caricaturés, qui réinvente le portrait d’écrivain, qui parvient à pointer la beauté diffractée de destinées d’ordinaire occultées.
Jean-Pierre Rehm