Soirée VidéoFID du 22 septembre 2020

le 22 septembre à La Baleine à 21h00

Le FID vous propose, en partenariat avec Actoral, une soirée VidéoFID à Marseille

NORTHERN RANGE d'Olivier Derousseau

Mention spéciale du Grand Prix de La Compétition Internationale – première mondiale – FID 2020

Avant le premier plan, il est dit du mot us, en italique, qu’il revient à chacun de le définir pour soi-même. Ce « nous », Northern Range n’a, comme tout film authentiquement politique, d’autre tâche que de le chercher, de l’inventer. C’est son sujet et sa passion.
C’est d’abord le portrait d’un territoire, ce Nord maritime de la France, entre Dunkerque et Calais, où Olivier Derousseau vit et travaille : paysages saccagés, installations portuaires, panaches de fumée arrachés par le vent aux cheminées des industries pétrochimiques. C’est aussi une suite musicale en cinq tableaux, sorte de blues minimal, amoureusement composé à la mémoire du temps et du peuple perdus : basse continue des camions sur l’autoroute, percussions du vent dans les micros, tous les bruits du monde mêlés sur une trame de guitare répétitive. C’est encore une méditation mélancolique sur l’étoffe des jours, la chair du devenir, l’irrémédiable effacement et les traces qui attendent d’être sauvées. Car ce que les hommes détruisent, le temps en efface les traces – à Calais, exemplairement, l’éphémère ville appelée « jungle », bâtie pour et par les réfugiés. Qu’en reste-t-il ? Des bribes de parole, qui disent les espoirs déçus. Deux silhouettes sur une photo, l’empreinte des bulldozers , bientôt rien. Comment lutter là-contre ? Par le travail artistique, répond Derousseau. mais dans ce qu’il lui reste d’ouvrier. On est dans une maison, le cinéaste et ses compagnons sont à l’ouvrage : des traces sont recueillies dans le vaste dehors, des actes sont enregistrés dans la lumière, parmi les fleurs. Il y faut une croyance : que contre tous les enfers du dehors, l’ouvrage amoureux peut esquisser un paradis. A condition de ne pas cueillir les fleurs, mais de recueillir le passage d’un rayon de soleil sur les corolles. Ne pas cueillir, mais faire quand même le bouquet. Pour se recueillir. Car, merveille ultime, c’est en s’adressant à un mort, à un compagnon d’ouvrage disparu, que le cinéaste ajuste les traces, noue le film comme un bouquet déposé pour tous les morts, oubliés, expulsés de cette terre. Northern Range est leur Passion, soit l’inscription de « traces qui nous ressemblent », comme disait Leutrat à propos du film de Godard. Des fleurs à la boue, du vacarme des camions au murmure des vagues, l’énigme de cette ressemblance est bouleversante.
Cyril Neyrat

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