Entretien – L’Île Flottante

1) Votre film est construit autour de souvenirs plus ou moins douloureux ou traumatisants. Comment est né ce projet ?

L’Île Flottante est née d’un projet d’installation / performance. Je voulais fabriquer un espace dans lequel navigueraient des comédien.ne.s + spectateur.ice.s. À la manière de la méthode des Loci, la méthode des lieux en mnémotechnique, un personnage construit un espace mental, où chaque salle correspond à un souvenirs. Lola, la protagoniste invite les spectateur.ice.s à naviguer dans ce labyrinthe. Les souvenirs sont sur le même plan, certains anecdotiques et d’autres fondateurs, traumatiques.

2) Vous faites jouer le rôle d’une même femme à trois actrices différentes, d’âge différents. Pourquoi ce choix de multiplier les présences ?

Lola-adulte est devenue la seule spectatrice de ses souvenirs. Elle en est la narratrice. C’est une présence à la fois fantomatique et tyrannique. Elle se balade dans son monde-mort et dirige la Lola-plus-jeune. Mais elles ne veulent pas la même chose. Lola est un personnage éclaté entre les différentes phases de sa vie. On ne sait plus très bien qui est la vraie Lola, qui est la vraie présence.

3) Vous accentuez l’artificialité des décors, avec des objets en carton-pâte et un tournage sur un plateau. D’où vous est venu ce choix dans la représentation ?

Les décors sont dans le même espace. Un plateau aveugle, sans porte ni fenêtre. Tous les objets sont fabriqués. Les proportions sont trichées. Le film se déroule dans un espace mental, de fiction, dans la tête de Lola. C’est une maison de poupées où tout est figé.

4) Les chiens jouent un rôle essentiel dans les dernières minutes du film. Pourquoi cette irruption ?

À la fin, les chiens enfoncent la porte du plateau. Ils déboulent et envahissent les décors. C’est le lever du rideau. Ils courent et sautent dans tous les sens, ils cassent tout. C’est la fête ! La vie qui revient, qui se déverse partout.