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Clarisse Hahn

Entretien avec Clarisse Hahn à propos de Karima

paru dans le quotidien du FIDMarseille du 30 juin 2003

   
Vous filmez la vie quotidienne de Karima, une dominatrice d’origine algérienne. Précédemment, vous aviez réalisé un film sur le service de gériatrie d’un hôpital parisien et un portrait de l’actrice de X Ovidie. Quelle est la place du corps dans votre travail ?

Dans les sphères que je filme, les gens ont un rapport au corps qui n’est finalement pas si marginal. Ils ont simplement moins de résistance à parler de certaines choses et à les montrer que la plupart des gens. Je tente de filmer les différents modes de relation à autrui, à en révéler la complexité et l’ambiguité. Dans cette recherche, le corps apparaît comme le révélateur des codes et des stratégies mises en place pour aborder l’autre. Je ne choisis pas de montrer le corps dans des situations héroïques, mais plutôt dans des moments de fragilité ou de résistance


Comment avez-vous filmé les rituels du sado-masochisme ?

J’ai une relation de grande proximité avec les gens que je filme, et j’entretiens avec eux des liens affectifs qui ne se limitent pas au moment du tournage. C’est pourquoi ils me laissent avoir accès à certains moments de leur intimité. Lors de la séance SM, Karima et son ami Thibaut ont complètement intégré ma présence et celle de la caméra comme des instruments participant au rituel. Dans la scène du bougeoir humain, Thibault me donne des indications sur la manière dont il aimerait être filmé. Tout au long de la scène, il lance des regards vers la caméra qui me donnent à penser qu’il a transformé le fait que je le filme en un élément destiné à augmenter son plaisir.


Vous imposez-vous des limites dans la représentation ?

Je ne me pose pas la question en ces termes. Quand je filme une réalité que je ne connais pas, je cherche à la comprendre et à l’intégrer. Certaines pratiques considérées comme " extrêmes " prennent une dimension différente quand elles sont vécues au quotidien. C’est seulement à partir du moment où je peux, moi aussi, considérer certaines choses comme banales, que je peux en parler de manière intéressante.


Le film montre aussi Karima en famille, mais sans point de vue sociologique.

Mon regard s’inscrit dans la proximité plutôt que dans la prise de distance et l’analyse. Je pénètre dans des univers clos et je tente de comprendre les systèmes de valeurs qui sont valables à l’intérieur de ces univers. Tout en étant consciente qu’ils contiennent, en vrac, un certain nombre d’informations qui pourraient servir de point de départ à une analyse sociale ou politique. On voit que Karima est à cheval entre plusieurs cultures, et qu’elle s’y meut avec une grande facilité. Dans chacune d’elle, elle prend uniquement ce qui l’intéresse. Par exemple, lorsqu’on considère sa personnalité très forte, son autorité, on ne peut s’empêcher de rattacher cette manière d’être au rôle immense que joue la femme maghrébine à l’intérieur du foyer


D’ordinaire, vos films sont diffusés dans des galeries ou des musées. La projection dans un festival du documentaire est-elle importante ?

J’ai étudié à l’école des beaux-arts et non dans une école de cinéma. Je suis représentée par une galerie et non par un diffuseur ou un producteur, mais je me sens appartenir autant à la sphère du documentaire qu’à celle de l’art contemporain


Comment le film a-t-il été produit ?

Jusqu’à maintenant, mes films on été entièrement produits, réalisés et montés par moi seule.

 

 

 

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