Entretien avec Marie-Pierre Brêtas au sujet de LA CAMPAGNE DE SÁO JOSÉ paru dans le quotidien du FIDMarseille du 11 juillet 2010

   
Comment est né le projet ? Pourquoi choisir cette ville en particulier ?
A l'origine, il y a une fascination pour l'intérieur du Nordeste brésilien qui remonte à mon enfance lorsque j'ai vu pour la première fois un film de Glauber Rocha à la télévision. Je suis liée de façon personnelle au Brésil depuis de nombreuses années mais je voulais découvrir cette région dont la mythologie s'est construite, comme pour le Far West américain, en partie à travers le cinéma. J'ai commencé des repérages pour un projet autour des cangaceiros, les bandits du début du XIXe siècle. Je suis arrivée à São José Da Lagoa Tapada, littéralement Saint Joseph de La Lagune Bouchée, en pleine campagne électorale locale. Je me suis trouvée plongée dans le tourbillon de ce que j'étais partie chercher là-bas : un monde déraisonné parce que construit autour de cette formidable confrontation entre une nature sauvage, rude, des espaces immenses et l'homme qui doit sans cesse en dégager son humanité. J'étais comme prise au milieu d'une tornade qui faisait éclater toutes les certitudes bien pensées de notre culture. J'ai décidé de m'arrimer à la folie de ces personnages, de me servir de ce biais dramatique des élections pour faire un film qui me permettrait de tracer un chemin dans cette réalité déboussolante.

A un moment du film, un des chargés de la campagne, en expliquant les « trucs » à ses partenaires, dit « Surtout, faites attention à ne pas être filmés ». Pourquoi vous ont-ils laissée filmer ? Comment vous êtes-vous positionnée par rapport à eux ?

Dans le Nordeste, comme dans beaucoup d'autres endroits, tout le monde joue ce jeu clientéliste et la campagne devient une grosse foire d'empoigne entre politiques et électeurs, ce qui est évidemment totalement illégal. Les camps essayent parfois de faire annuler la victoire de candidats adverses en tentant d'apporter la preuve de leurs pratiques frauduleuses. Ils essayent alors de les filmer lors d'achats de votes le jour des élections. Moi, je suis évidemment hors de ce jeu électoral. D'ailleurs l'une des motivations d'Anibal pour faire le film était de dire: "Il faut montrer qu'il n'y a pas de possibilité réelle de démocratie quand il y a pauvreté". Il est contre ce système mais c'est un cercle vicieux alimenté à la fois par les politiques et les électeurs pour qui c'est l'occasion ou jamais de retirer un quelconque profit. Mon positionnement n'était pas dans une dénonciation de ces pratiques. Je ne juge pas mes personnages, j'essaye, à travers le film, de saisir leurs logiques, leurs contradictions, leurs errements.

La campagne est longue, votre film est relativement bref. Comment avez-vous pensé le montage ?
Un des enjeux principaux du montage était de poser dès le début du film ce cadre dramatique, social des élections municipales pour permettre ensuite aux personnages d'y évoluer et de prendre une ampleur romanesque. Ce n'est pas un film sur les élections mais sur des personnages qui sont révélés à travers ce questionnement du geste politique. L'une des préoccupations que nous avions mon monteur, Gilles Volta, et moi, était de trouver le juste équilibre pour exposer ce jeu électoral sans s'y enfoncer complètement. Ensuite il nous fallait nous en libérer, pour le reléguer réellement à l'arrière plan et se concentrer sur la réalité humaine des personnages. En ce sens les scènes libres, comme la petite fille qui marche dans la montagne, permettaient de rendre compte de l'ampleur, de la puissance sauvage de ce monde, tout en faisant exploser le cadre social des élections.

Propos recueillis par Gabriel Bortzmeyer
 

 

 

 

FaLang translation system by Faboba