Entretien avec Guillaume Bureau au sujet de MM, LAST INTERVIEW

paru dans le quotidien du FIDMarseille du 8 juillet 2009

   
Quelle est la genèse de MM, Last Interview ?
Marilyn Monroe est un personnage qui a hanté une bonne partie de mon adolescence. Je connaissais le texte de sa dernière interview depuis longtemps. Je voulais faire entendre les mots d'une actrice le plus souvent réduite à son image. J'ai proposé le texte à Dominique Coquard, une amie.

Quel a été le travail sur la traduction de cette interview ?
Le texte original a été publié par Richard Meryman dans Life Magazine une dizaine de jours après la mort de l'actrice. C'est un montage d'extraits d'une interview qui a duré quatre jours. J'ai fait une nouvelle traduction du texte, la traduction existante étant peu fidèle au registre de langage de Marilyn Monroe et parfois même à ses propos. J'ai ainsi privilégié le mot à mot. Pour dire « je », Marilyn Monroe s'exprime souvent à la deuxième personne du pluriel, en anglais le « you » impersonnel qui correspond à notre « on ». J'ai choisi de le traduire systématiquement par le « vous » impersonnel du français pour accentuer le sentiment de dédoublement que procure la lecture du texte.

Quel était le projet d'ensemble ?
Cette interview est le récit de la vie d'une femme. C'est le récit de la vie d'un « produit » des studios de Hollywood - comment se battre contre ce qui vous broie et ce qui vous fait vivre, ce qui vous fabrique mais qui vous détruit ? C'est le récit de l'expérience d'une actrice - qu'est-ce que jouer ? Cette parole révèle une femme de trente-six ans, parfaitement consciente de ce qu'elle est et de ce qu'elle représente. Elle retrace le chemin parcouru de l'enfance à l'âge adulte, la naissance d'un désir - jouer - et les obstacles rencontrés, la difficulté d'être et d'être une actrice, le travail de vivre. Pour moi, l'enjeu était de faire entendre cette parole. Et pour cela, montrer une actrice, Dominique Coquard, en train de jouer, en train de dire, une actrice en travail. En ce sens, cette reconstitution d'une interview dont nous ne connaissons que le texte et des photographies (elle n'a pas été filmée) est un dispositif qu'on pourrait dire documentaire. Dominique révèle un texte qui à son tour la révèle. C'est un va-et-vient entre elle et le personnage, ce va-et-vient qui fut peut-être une partie de la vie de Marilyn Monroe.

Le film est construit sur un dispositif de distanciation impliqué déjà par le choix de la comédienne. Comment avez-vous travaillé avec elle ?
Nous avons longuement répété les mercredi et les week-ends, Dominique étant aussi professeur de lettres. Il y a eu une longue période d'appropriation du texte. Ensuite, nous avons travaillé en face à face comme pour une interview. Si je reste hors champ, j'ai moi-même interprété le rôle du journaliste et j'ai demandé à Dominique de m'adresser le texte. La distanciation est impliquée par ce choix de ne pas chercher à interpréter le rôle de Marilyn Monroe mais de la laisser s'incarner, apparaître via le texte, via les propres mots de la star.

Quel est le statut de la scène musicale où l'actrice ne parle pas ?
D'après le biographe Donald Spoto, le journaliste n'a rien retenu de ce qu'a dit Marilyn Monroe le deuxième jour de l'interview ; l'actrice était sous l'effet de médicaments rendant sa parole incohérente. J'ai choisi de la musique pour ce momentlà, une sonate de Beethoven interprétée par Isaac Stern, deux artistes qu'appréciait Marilyn Monroe. Ainsi, dans cette scène, si Dominique, l'actrice, ne parle pas, elle écoute. Et nous sommes avec elle, dans une écoute commune de la musique, dans l'énigme de ce qui la traverse et ce qui l'anime, l'étonnement d'être là quand la parole vient à manquer. C'est peut-être tout ce que nous ne saurons jamais de Marilyn Monroe.

L'économie de MM, Last Interview tend à l'épurement, dans le décor, le choix du plan-séquence fixe.
C'est également une économie de moyen. J'ai voulu tourner ce film seul, à mon rythme, en tête-à-tête avec Dominique. Cet épurement fait aussi partie d'une tentative de reconstitution. J'ai composé le décor et le cadre à partir des photographies prises par Allan Grant lors de l'interview de 1962. On y voit Marilyn Monroe assise sur une chaise en t-shirt et en pantalon, derrière elle une fenêtre obstruée par les feuilles d'un arbre. C'est chez elle, à Fifth Helena Drive. MM, last interview a été tourné chez moi : Dominique est en jeans, assise sur une chaise rouge, derrière elle un miroir reflétant une plante en guise de fenêtre. J'ai fait le choix du planséquence fixe pour laisser Dominique donner sa pulsation au plan.

Le montage donne cependant une perception plus complexe du film et le jeu sur la voix off également.
Le film est en quatre parties correspondant aux dates réelles de l'interview. L'ordre des plans suit le texte publié dans Life Magazine. Les plans sont séparés par un noir. Ils apparaissent comme autonomes les uns des autres mais ils sont liés de façon à ce que le film accompagne Dominique dans le cheminement de son texte. La voix off fait partie de ce cheminement. Durant le tournage, nous nous sommes demandé avec Dominique s'il ne fallait pas aller vers un effacement, une disparition pour la dernière partie du film. Etre seulement dans la voix, l'écoute de cette voix. Le trouble est ainsi plus grand lorsque Dominique reprend la parole au dernier plan - une soudaine incarnation.

Propos recueillis par Olivier Pierre

 

 

 

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