Ah, la musique !
par Gilles Grand            
             
"Quell' drôl' de fanfare !" Au loin dans la coulisse. À sa belle, Julien entonne une sérénade à la guitare. Les ouvrières : "Quelle jolie voix !" La fanfare reprend au loin, "Bravo, bravo, bravo, bravo, bravo, bravo, bravo !" Louise : "Quel supplice ! Quel affreux tourment !" Les ouvrières : "Quelle caresse !" Julien gratte avec rage les cordes de sa guitare. Gertrude : "Qu'est-c' qu'il a ?" L'apprentie : "Il devient fou ?" Multipliant les interventions, le compositeur bouscule les styles, entremêle les sentiments en une strette qui affole les interprétations. L'air célèbre de l'acte III "Depuis le jour où je me suis donnée..." s'élance après cette précipitation. Créé en 1900, Louise, un opéra de Gustave Charpentier conçu durant les années où l'on tentait au cinéma de synchroniser les images et les sons par un musicien très impliqué à la fin des années trente, lors de l'avènement de la radio et des films sonores.
Stop Making Sense, la simultanéité du film de Jonathan Demme avec le concert des Talking Heads retrouve cette gageure : Cessons d'être sensés. L'ici et maintenant d'une action en scène tire profit de tous les artifices du cinéma. Le déplacement de la caméra des pieds à la tête doit être oublié. Le public crie, siffle, applaudit, il reste dans la pénombre. La coulisse laisse entrevoir tout le personnel du théâtre. Le guitariste a une cassette à jouer, il chante Psycho Killer "Ce que j'ai fait ce soir-là. / Ce qu'elle a dit ce soir-là." L'énigme d'une fin tragique ?
Dans le film de Kasper Collin, I Called Him Morgan, c'est ainsi. Les archives essentielles de la carrière écourtée du trompettiste Lee Morgan cèdent la place aux propos d'Helen, son épouse. Dès cet instant, tout tourne autour de cette unique cassette audio. Entre caresses et gifles sur sa guitare, Arto Lindsay laisse éclater sur scène les facettes de sa musique tandis que Paula Gaitán filme ses tentatives de confidences, Subtle Interferences.
Telle une sonate en quatre mouvements, entre silence et étirement d'une tirade, entre clarté glaçante et ombres agitées, Hoe kamelen leeuwen worden de Lydia Rigaux marque les distances entre des personnages dont la proximité surprend.
Le FIDLab a souligné les liens entre Kékszakállú le film de Gastón Solnicki et l'unique opéra de Béla Bartók, (A kékszakállú herceg vára en hongrois) Le château de Barbe-Bleue. Le quotidien est propice à cette transposition. Les adolescents en vacances exposent leur folklore, la maison des parents impose son architecture, le bleu est estival.

L'Amérique, le Brésil, la Hongrie ou l'Argentine, … La Corée du Sud, avec Banseom Pirates Seoul Inferno de Jung Yoonsuk, l'humour, la provocation, l'énergie, la fragilité d'un duo de musiciens coïncide avec les lieux où leurs surprenantes actions se tiennent. Une musique bancale dans une société des banques où la technologie omniprésente est exacerbée.
Lorsque les sons d'un véhicule accompagnent les angles choisis d'une ville où semble proche cet être aimé, Vers cette neige, vers cette nuit, Fabrice Lauterjung captive par un jeu de fascination réciproque où l'on peut reprendre l'air de Louise :
"Et je tremble délicieusement
au souvenir charmant
du premier jour
d'amour !"

Les musiques électroniques de Gilles Grand ont été produites à Canope, au Frigo, au G.R.M., à l'IRCAM et au Centre G. Pompidou. Il a composé pour des spectacles de danse et de théâtre, en France et à l'étranger. Depuis 2007, il programme un écran parallèle dédié au son et à la musique pour le Festival de cinéma FIDMarseille. De 2004 à 2007, il a été rédacteur aux Cahiers du cinéma où il a lancé une rubrique titrée Intonation. Il a été publié dans la Revue de littérature générale 95/1 et 96/2 chez P.O.L Editeur et dans l'ouvrage Game of Thrones Série noire, Les prairies ordinaires, 2015. Professeur en école d'art, intervenant de 1989 à 1999 à Montpellier, puis à Nice et depuis 1999, il accompagne les pratiques du son à l’École nationale supérieure des beaux arts de Lyon.
             
BAM-SEOM-HAE-JEOK-DAN SEO-UL-BUL-BA-DA
BAMSEOM PIRATES
SEOUL INFERNO
Jung Yoonsuk
Corée du Sud / 2017 / 120’
Première Française
  CHÂTEAU
Samuel Gouttenoire, Manon Vargas
France / 2017 / 24'
Première Mondiale
  DIANA
Simon Ripoll-Hurier
France, États-Unis / 2017 / 48’
Première Française
  GESTURES
Vincent Guilbert
France / 2017 / 31’
Première Mondiale
             
HOE KAMELEN LEEUWEN WORDEN
HOW CAMELS BECOME LIONS

Lydia Rigaux
Belgique / 2017 / 61’
Première Mondiale
  I AM GAGARIN
Olga Darfy
France, Russie / 2017 / 61'
Première Française
  I CALLED HIM MORGAN
Kasper Collin
États-Unis, Suéde / 2017 / 92'
Première Française
  KÉKSZAKÁLLÚ
Gastón Solnicki
Argentine / 2016 / 72’
Première Française
Compéttion GNCR / pucelogofidlab
             
LA LUCARNE DES RÊVES
THE WINDOW OF DREAMS
Cendrine  Robelin
France / 2017 / 58'
Première Mondiale
  LA LUTHIÈRE
THE LUTHIER
Guillaume Gehannin
France / 2016 / 6'
Première Mondiale
  LE GÉOGRAPHE MANUEL II DON QUICHOTTE À CHAILLOT
Michel Sumpf
France / 2017 / 18’
Première Mondiale
  LE GÉOGRAPHE MANUEL II SOCRATE POUR PRENDRE CONGÉ
Michel Sumpf
France / 2017 / 71’
Première Mondiale
             
LIQUID SONIC PALINDROME
Lisa Kortschak
Autriche / 2016 / 15’
Première Internationale
  PERSONNE
Michaela Schwentner
Autriche / 2016 / 10’
Première Internationale
  RÊVENT-ELLES DE ROBOTS ASTRONAUTES?
DO THEY DREAM OF ASTRONAUTS ROBOTS?
Sarah del Pino
France / 2017 / 25'
Première Mondiale
  STOP MAKING SENSE
Jonathan Demme
États-Unis / 1984 / 88'
             
SUTIS INTERFERÊNCIAS
SUBTLE INTERFERENCES
Paula Gaitán
Brésil / 2017 / 80'
Première Internationale
  VERS CETTE NEIGE, VERS CETTE NUIT
TOWARDS THIS SNOW, TOWARDS THIS NIGHT
Fabrice Lauterjung
France / 2017 / 47’
Première Mondiale
  WHEN TIME MOVES FASTER
Anna Vasof
Autriche / 2016 / 7’
   
             
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