SOIRÉE VIDÉOFID DU 4 AVRIL 2017 > retour 
 
 Argote.jpg

Entretien avec Ivàn Argote au sujet de FRUCTOSE paru dans le quotidien du FIDMarseille du 14 juillet 2016

Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet ?
Je savais depuis plusieurs années que l’Angleterre conservait ce pommier duquel on dit que la pomme de Newton est tombée. Cette idée de conserver un arbre, associée à cette image de « l’accident qui donne une idée », aussi importante que la gravité, m’a semblée assez ridicule mais aussi un exemple parfait de comment on construit et manipule la connaissance pour la transformer en patrimoine. A la base, cette histoire ne vient même pas d’Isaac Newton. C’est trente ans après sa mort qu’elle est apparue dans sa biographie. Dans plusieurs de mes films et installations je questionne l’idée de patrimoine car je me méfie des façons dont ces choses-là s’instaurent, et des idées qui les rendent légitimes. Qui choisit ce que nous gardons comme Histoire ?  Quelle est la nouvelle valeur que l’on donne à ces choses ?  Symbolique, commerciale ?  Avec ce film, je voulais parler de ça, de la faiblesse de ces symboles cachés derrière la solennité patrimoniale. D’un autre côté, je voulais aussi questionner d’une façon plus générale l’imagerie produite par la science et la « technologie », qui souvent est créée ou montrée comme étant neutre, mais qui en fait est chargée d’idéologie et marque subtilement et violemment à la fois l’influence des centres du pouvoir historique dans la dissémination et l’acceptation globale des idées, ce qu’on appelle la connaissance.

Un texte nous accompagne tout au long du film. Comment l’avez-vous conçu, et comment l’avez-vous mis en relation aux images ?
Le premier texte parle brièvement de notre expérience dans ce voyage en tant que groupe, à la façon d’un rêve. Je l’ai écrit en reprenant des exercices que l’on faisait en nous imposant de parler de ce qu’on vivait, comme si on l’avait rêvé. Cela me semblait une tonalité juste, en tant qu’objet documentaire. Le deuxième texte est une conversation entre Yair Barelli, chorégraphe, et un représentant de l’institution qui conserve l’arbre, où l’on sent très bien la fragilité des arguments sur lesquels ces individus fondent le caractère patrimonial de l’arbre. Le troisième texte est une conversation imaginée, entre deux électrons qui s’apprêtent à entrer en collision. Le quatrième texte est une déclaration sur la valeur de la vérité, et la violence de tout cet ensemble de choses qui nous sont présentées comme étant le « savoir ».

En équilibre constant entre l’essai scientifique et la performance, le film accueille des images de natures natures très différentes. Comment avez-vous travaillé au montage ?
Le film est rempli de références à des images créées par la science antique, classique et contemporaine. Pendant le tournage nous nous sommes amusés à jouer avec toute cette imagerie, à la tordre, la manger, la digérer et parfois la chier. J’inclue à l’intérieur de ça aussi le fait de filmer avec ces caméras hi-tech, très souvent utilisées dans l’imagerie documentaire et scientifique. Le montage s’est fait en faisant précisément la différence entre les différents chapitres. Il y a une introduction au voyage, puis un collage de nos recherches. Puis l’on arrive au cas d’étude, qui permet ensuite une ouverture mélancolique, anxiogène puis irritée sur les questions que j’ai soulevées au-dessus. Le montage se faisait en même temps que la musique. Quand je me trouvais face à une image, j’avançais sur la musique, et vice-versa.

Vous êtes aussi auteur de la musique. Vos inspirations pour la composerLa première partie du film, ce sont des jeux avec nos voix, presque des échauffements. J’ai ensuite tordu et distordu un morceau des Backstreet Boys, Get Down. Il y a un morceau de salsa, très lent, justement sur l’image de l’ananas qui tombe de l’arbre. Je voulais tropicaliser la froideur de tout ce contexte. Ce morceau est inspiré de ma passion pour la musique de Cheo Feliciano. Le dernier morceau, est une réinterprétation un peu « indie » de plusieurs morceaux qui viennent du butoh. Ce film est né aussi dans la volonté de lier le butoh à cette révision de l’imagerie scientifique, sachant que le butoh était dans ses origines une représentation imagée de ce qui arrive aux corps exposés à une explosion nucléaire.

Quelques mots sur le titre ?
C’est sucré, et acide.

Propos recueillis par Rebecca De Pas

FaLang translation system by Faboba