SOIRÉE VIDÉOFID DU 21 MARS 2017 > retour 
 
 PaulineDeGrunne.jpg

Entretien avec Pauline de Grunne au sujet de ROBERT WILSON IN SITU paru dans le quotidien du FIDMarseille du 12 juillet 2016

Votre connaissance de la fondation Watermill est-elle à l’origine du film ? Connaissiez-vous Robert Wilson auparavant ?
J’ai rencontré Bob Wilson à Watermill lors d’une journée porte ouverte à la fondation mais je connaissais depuis longtemps ses spectacles. L’oeuvre de Bob Wilson a révolutionné ma façon d’envisager l’architecture, le dessin, la peinture, le théâtre, l’opéra, et les arts en général. Il m’a donné à voir et à entendre ce que je ressentais mais ne savais exprimer.

Combien de temps a duré le tournage et comment l’avez-vous organisé ?
J’ai tourné sur plusieurs années. Les périodes privilégiées étaient l’été car c’est le seul moment où Robert Wilson est présent pour une large période de temps. Il y prépare le « Benefit » qui va lui permettre de réunir les fonds qui assureront le fonctionnement annuel de la Fondation. Il se lève tôt et se couche à point d’heure. Le travail du cinéaste consiste à aller à la pèche aux informations, à courir toute la journée après lui et à s’intéresser de près aux personnes qui l’entourent. Je voulais faire un portrait de Bob Wilson dans son environnement, dans l’action surtout et il me semble que c’est ce qui participe à la force du film.

La tension liée aux retards et aux difficultés avant la soirée de lancement n’étaient pas prévisibles et elle nourrit néanmoins le film : pourquoi avoir initié ce projet ? Prescience des obstacles ?
La raison pour laquelle j’ai initié ce projet vient d’un sentiment d’agacement. J’entendais les gens des Hamptons, y compris des artistes, se répandre « Oui mais pour Wilson c’est facile, il a plein d’argent ». Je me doutais que la réussite de Bob Wilson découlait avant tout de ces deux mots : talent bien sûr, mais aussi travail. J’ai voulu montrer que derrière « la montée des marches », il y avait un mineur de fond, et que l’obsession du détail n’est pas un vain mot. Si la portée universelle de cette vision du monde dirigée vers la recherche de l’excellence et du partage pouvait éventuellement générer une vocation, une réflexion chez un gamin, un artiste, un artisan, un politique, un agriculteur, dans ce cas, je n’aurais pas perdu mon temps !

Beauté d’avoir entremêlé travail de création et travail d’édification : comment avez-vous opéré vos choix de montage ?
Pour moi il était clair que l’édification de Watermill était une métaphore du travail de Robert Wilson sur scène. La seule différence était qu’à l’opposite de la scène, où les arbres que l’on déplace sont en carton, Bob et les artistes déplaçaient de vrais arbres, ratissaient de vraies forêts, installaient de vrais éléments de décoration, de vrais meubles, bougeaient de vrais murs. La même chose que la scène en énorme, y compris le timing et les enjeux. Il y a effectivement eu des hauts et des bas lors de cette construction et cela illustre bien sa quête de perfection. J’ai tenté de créer un équilibre entre la scène et la construction de Watermill et ainsi donner au spectateur l’idée de l’abolition des frontières entre la création pour la scène et sa vie. Le montage s’est effectué sur plusieurs périodes. Il y a d’abord eu un énorme travail de préparation. Le choix de montage est basé sur un schéma classique, chronologique, au sein duquel se sont greffés les éléments qui dressent un portrait intime de Bob Wilson, notamment sa relation avec Chris Knowles, ses influences. Il ne s’agissait pas de faire une hagiographie mais de dresser un portrait aussi honnête et sincère que possible de ce grand artiste.

Propos recueillis par Vincent Poli

FaLang translation system by Faboba