Entretien avec Pedro Pinho et Federico Lobo au sujet de BAB SEBTA paru dans le quotidien du FIDMarseille du 3 juillet 2008

C'est votre première collaborat ion. Comment est né ce projet ?
Oui, c'est la première fois qu'on travaille ensemble. On s'est connus au début de la préparation de ce film en septembre 2005. Le projet est né au lendemain des attaques contre les grilles de Ceuta et de Melilla. Nous étions stupéfaits des images diffusées. Mais l'envie vient d'un engagement antérieur sur ce sujet de la frontière et du rapport entre l'Europe et le Sud.C'est un projet de longue haleine.

Quelles ont été les conditions de production ?
Nous avons commencé la préparation du film dans un esprit de cinéma guérilla, sans autre moyen que l'envie de le faire. Ensuite, une petite maison de production nous a proposé l’aide de quelques conditions logistiques, qu'on a acceptées, et finalement nous avons ouvert une petite structure de production indépendante pour assurer le financement. Nous avons réussi à assembler des petites sommes, puis, en janvier 2007, les conditions étaient réunies, et le budget, bouclé au moment de la post-production. Le tournage a pris quatre mois, le montage, neuf, avec de nombreuses contraintes liées au faible budget.

Comment s'est passé le tournage ?
En fait, la minceur des conditions matérielles de production nous a permis d'établir des rapports plus intéressants avec les gens qu'on voulait connaître. Le fait d'avoir fait tout le parcours à terre dans une petite fourgonnette, de dormir n'importe où et de manger ce qu'on trouve dans les lieux qu'on veut filmer, favorise l'approche des gens. Quand nous sommes partis pour le premier voyage, l'urgence était de comprendre ce qui se passait, qui étaient les gens impliqués dans les événements. On ne savait que ce qu'on voyait à la télé – ce qui est pire que rien. Puis, face à la réalité, le défi a été de créer des rapports humains. Les affinités et une forme de complicité nous ont permis de chercher un langage cinématographique dialectique et juste. D'un côté, parler de notre impression des espaces et des temps vécus avec les acteurs du film et, de l’autre, inscrire dans le film la vision des gens impliqués dans ce processus. Bien sûr, la plupart du temps, c'est la situation qui impose les solutions formelles, le cadre, la lumière, le mouvement, et on était juste ouvert, prêt à accepter et à gérer les limitations que chaque situation imposait.

Ayant choisi le contre-pied des images médiatiques, l'idée d'une remontée géographique s'est-elle imposée d'emblée ?
Dès le début, on voulait faire sentir les liens entre notre déplacement et notre regard d'Européens qui parlent d'une réalité extérieure, à laquelle nous sommes inévitablement étrangers. On avait l'espoir que ces confrontations (directions opposées, liberté de mouvements, moyens matériels) puissent dire quelque chose sur le rapport entre nous, les gens du Nord, et les personnes croisées au Sud. Je pense que c'est pour cela qu'on a décidé de faire le chemin à l'envers, partant de la frontière pour traverser le désert et arriver à un lieu d'origine.

Plus le film avance, plus les paroles sont dures, et la révolte, manifeste.
Je crois que dans les deux premières parties, qui se déroulent au nord du Maroc, cette dureté et cette révolte sont là d'une façon encore plus forte, mais elles ne se manifestent pas forcément par les paroles. Au Maroc, les discours sont surtout concentrés sur les actions à mener et les difficultés pour y parvenir. En Mauritanie, il y a une plus grande distance par rapport à l'action et à la frontière qui permet une vision plus ample de la situation. Au fur et à mesure qu'on avance vers le Sud, le désespoir produit par l'attente donne lieu à une réflexion et à une critique plus structurée et plus verbalisée, car les conditions dans lesquelles se déroule la vie là-bas le permettent.

Quel sens donnez-vous au dernier plan ?
Aucun sens au-delà de l'évidence : il y a assez de poissons pour nourrir tout le monde ! Dans un territoire d'abondance, les causes de la fuite et de la pénurie seront nécessairement d'une échelle autre que ce qui se présente dans les images.

Propos recueillis par Nicolas Feodoroff

 

 

 

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