Entretien avec Sven Augustijnen au sujet de SPECTRES paru dans le quotidien du FIDMarseille du 9 juillet 2011

Vous êtes l’auteur de plusieurs oeuvres sur l’histoire et les habitants de la Belgique. Cette fois, vous vous attaquez à son passé, à une histoire coloniale qui la hante encore. Comment est né ce projet ?
J'habite à Ixelles, une des communes de Bruxelles fort marquée par son histoire coloniale. De ma fenêtre je peux voir le Cinquantenaire (grand bâtiment construit par Léopold II avec l'argent de l'Etat indépendant du Congo), chaque jour je passe par la statue de Léopold II à la place du Trône ou à Matonge, le quartier africain de Bruxelles. Le projet est né par des observations quotidiennes, lié à mon intérêt pour l'histoire et pour l'espace public.

Le film prend la forme d’une sorte d’enquête sur l’assassinat de Patrice Lumumba, menée par le Chevalier Jacques Brassinne de La Buissière : un guide, un expert passionné, un témoin qui a ses zones d’ombres, le personnage principal du film ?
Jacques Brassinne est un personnage multiple j'espère, à la fois guide, narrateur ou figure symbolique d'un passé qui continue à jeter une ombre sur le présent.

Votre choix d'une caméra portée, subjective, fort présente : comment l'expliquez-vous ?
Je vois le film comme une oeuvre performative, c'est à dire qu'il s'agit de mises en situations qui s'articulent comme des chorégraphies dans lesquelles je suis un des personnages qui bouge.

Jacques Brassinne, le fils d’Harold d'Aspremont Lynden, la fille de Moïse Tshombé, la veuve de Patrice Lumumba, etc : pourquoi vous être cantonné à des personnalités ?
Il s'agit d'une part des rencontres avec les parents des protagonistes des événements dramatiques, d'autre des hommes quelconques, comme les Belges à la messe commémorative du roi Baudouin, ou le Congolais sur son vélo que Brassinne rencontre dans la nuit.

La musique donne parfois une soudaine ampleur dramatique à la scène en opposition avec la manière de filmer. Pourriez-vous nous éclairer sur ce geste crucial ?
Il s'agit des fragments de la Passion selon Saint-Jean de J.S. Bach, qui est la plus antisémite. Et il y a un lien avec le dossier de Lumumba. Un télex codé envoyé début janvier 1961 disait : "Demande accord du Juif de recevoir Satan". Le Juif était Tshombé, Satan Lumumba.

Quels sont vos projets en cours ?
Je dois reprendre la recherche sur quelques autres projets, principalement aussi liés à l'histoire belge, entre autre sur les armes de la Fabrique nationale de Herstal, ou le trafic de diamants industriels originaires du Congo belge pendant la deuxième guerre mondiale.

Propos recueillis par Céline Guénot.

 

 

 

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