Entretien avec Ilan Klipper et Virgil Vernier au sujet de COMMISSARIAT

paru dans le quotidien du FIDMarseille du 10 juillet 2009

   
Vous aviez déjà réalisé un premier film sur les policiers en 2006, Simulation, avant Commissariat, quelle est la genèse de ces deux films ?
Nous avions la possibilité de filmer dans une école de police et dans un commissariat, où certains élèves de l’école font leur premier stage. Avant le tournage, nous ne savions pas quelle forme allait prendre notre projet : un film fleuve sur la police en France, un diptyque autour de la formation des élèves policiers, ou bien deux projets indépendants. Finalement nous avons choisi de faire deux films, regroupés sous le titre générique Flics. La scolarité des élèves constituait la trame de départ, mais elle est devenue secondaire. En effet, les lieux où nous tournions - l’école, le commissariat et la ville -se sont imposés comme les personnages principaux du film. Dans Simulation, l’école était fascinante : un campus géant entre colonie de vacances et camp militaire avec un centre de simulation où, comme sur une scène de théâtre, les élèves doivent simuler des scènes d’affrontements.
Pour Commissariat, nous avions obtenu l’autorisation de tourner à Elbeuf, petite ville aux alentours de Rouen désoeuvrée, ingrate et attachante. Nous avons eu envie de filmer ses habitants, ceux qui viennent déposer plainte, ceux qui sont arrêtés, au même titre que les policiers.

L’image que vous donnez de ce milieu est à l’opposé des clichés.

Nous nous sommes efforcés de n’avoir aucun discours définitif sur la police. Nous voulions avant tout montrer des moments où le policier sort de sa fonction stéréotypée, où il existe en tant qu’individu avec ses contradictions et ses ambiguïtés. Ainsi, des séquences où les policiers apparaissent sous un jour sympathique alternent avec des séquences qui les montrent durs, froids, voire pervers. C’est la complexité du comportement d’un individu face à un milieu et à un groupe qui nous intéresse dans ce film.

Comment avez-vous pensé la structure de Commissariat au montage ?
Le face-à-face entre la police et la population de la ville, qui prend parfois la forme du dialogue, parfois celui de la violence, constitue le motif qui sous-tend la structure du film. Comment deux populations qui viennent du même monde, de la même misère sociale, parfois de la même ville, s’affrontent, se comprennent ou pas, parlent ou non la même langue. Aussi, au montage, des lieux récurrents rythment le film comme le refrain d’une chanson : les geôles, le bureau des auditions, le fourgon, les rues de la ville.

Pourquoi avoir choisi de tourner la plupart des séquences en plans fixes ?
L’espace clos et rigide du commissariat, ses bureaux à la géométrie symétrique, les postures statiques des policiers incitent à cette fixité formelle. C’est une manière d’épouser cette rigidité, de la souligner parfois avec ironie.

Les films de Raymond Depardon, Fait divers par exemple, ont-ils eu une influence sur votre travail ?
Pour ce film, on avait plutôt en tête l’humour et l’ironie des films de Frederick Wiseman.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Par exemple, au tournage, nous faisions le son et l‘image à tour de rôle. Pour le reste, nous passions des heures à discuter et même si nous sommes amis, nous n’étions pas toujours d’accord ! Mais finalement, ces divergences nous ont permis d’affiner notre propos de façon ferme et radicale.

Propos recueillis par Olivier Pierre

 

 

 

 

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